Congres d'Aleg : l’acte de naissance d’une Mauritanie ségrégationniste. Première partie: discours de M. Cheikh Saad KANE

Frères Mauritaniens,

 

Je ne reviendrai pas sur les souhaits de bienvenue que le doyen de la représentation du Brakna, le Ministre DIADIE, a fait hier soir avec beaucoup de bonheur, au nom de toutes les populations de notre circonscription qui, croyez-le bien, apprécient à sa juste valeur, l'honneur qui leur est fait.

 

Porteur d’un message de la subdivision de Boghé, mon propos se cantonnera donc au rôle de missionnaire qui m’est imparti.

 

Je n’abuserai donc pas de votre temps, désireux tout comme vous de voir très rapidement commencer et avancer les travaux de ce mémorable congrès d'ALEG en qui nous plaçons les plus grands espoirs.

 

En abordant le vif du sujet, j'ai le devoir de proclamer tout haut au nom de la subdivision de Boghé qui m'a unanimement mandatée, à cet effet, que nous sommes "MAURITANIENS et que nous entendons le demeurer " ;

 

-  Que nous ne prêterons le flanc à aucune source de division qu'elle soit extérieure ou interne à notre Territoire;

- Que face à toutes les manœuvres de diversion d’où qu’elles viennent, nous garderons la tête froide et que nous sommes décidés à y parer vaille que vaille sans passion mais également sans défaillance.

 

Nous prions DIEU pour que le Congrès d’ALEG qui a notre affectueuse sympathie consomme encore mieux qu’hier l’unité de la Mauritanie.

 

Ceci dit, je n’en suis que plus à l’aise pour déclarer à nos frères mauritaniens, au peuple mauritaniens ici réuni, que les noirs de la subdivision de Boghé ne demandent ni un régime préférentiel, ni un traitement privilégié, mais aussi, je n’en aurai que plus de chaleur pour affirmer que nous n’entendons pas être à plus forte raison que demeurer des "MAURITANIENS DIMINUES, des demi-MAURITANIENS".

 

Je souhaite ardemment que tout un chacun dans nos assises réalise la portée et la gravité de cette déclaration à laquelle j’attache toute la solennité voulue.

 

La Mauritanie du Chemama veut se sentir égale en droit et en devoir à son frère du Sahel. L’égalité est une et, en cette matière, il ne saurait y avoir de simulacre.

 

Sous la tente et dans la case, autour du puits, des points d'eau et au bord du fleuve, dans les terrains de parcours, de transhumance, de pâturages et dans les lougans, au banc de l’Assemblée Territoriale ou du Conseil de Gouvernement, le Mauritanien du Nord et du Sud, doivent, dépouillés de tout complexe, se sentir égaux à tous les niveaux, à tous les échelons de la hiérarchie sociale.

 

C'est là le seul moyen, frères mauritaniens, pour nous de vivre et prospérer avec l'élément noir numériquement minoritaire mais économiquement très important.

 

C’est aussi le moyen radical que nous avons de donner au monde qui nous observe, l’exemple de l’unité dans la diversité.

 

Je demande à tous les camarades congressistes de réfléchir sur notre position, d’en tirer le meilleur parti, et qu'en tout état de cause, maures et noirs de la Mauritanie, fassent prévaloir la justice alliée à la raison et la logique sur le sentiment personnel ou partisan.

 

Ce problème que je soumets à votre méditation dépasse largement le cadre de la subdivision de Boghé. Je ne crains pas d'être démenti en disant que de Rosso à Sélibaby, en passant par Boghé et Kaédi, la vallée du fleuve, en réaffirmant sa détermination à rester mauritanien, n’en tient pas moins à marquer son ardente résolution à jouir sans marchandage ni esprit de retour d'un traitement égalitaire au sein de la Patrie Commune.

 

Voilà, camarades, ce que j'avais reçu mandat de vous dire de façon explicite.

 

En quittant le micro, je forme le vœu que pour mon appel, l’appel de vos frères noirs de Mauritanie, rencontre le plus large écho parmi vous tous.

 

C'est fort de cette conviction que je ne puis me soustraire au désir qui me tente de crier avec foi et du plus profond de mon être :

 

"Vive la Mauritanie Nouvelle!

"Vive la Mauritanie rénovée et égalitaire!

"Vive la Patrie Mauritanienne confiante en son avenir prospère, dont nous rêvons tous".

Le congrès d'Aleg : l’acte de naissance d’une Mauritanie ségrégationniste

Flam.

Suivre les Flam sur

Adherer