Congres d'Aleg : l’acte de naissance d’une Mauritanie ségrégationniste.Première partie: Allocution du Président N'diawar SARR

Mes chers amis,

 

Depuis bientôt quatre mois fonctionne à Saint-Louis, sous l'impulsion d'éléments représentatifs du Gouvernement mauritanien et de l’Assemblée Territoriale, un Comité de Fusion des Partis mauritaniens. Mes camarades des formations politiques les plus étoffées, c’est-à-dire l'U.P.M. et l'E.M., tous deux doctrinalement progressistes, m’avaient fait l’amitié de me confier la présidence. C’est à ce titre que je préside le Congrès constitutif du Parti Mauritanien qui va être créé.

 

C’est avec une vive émotion, mêlée de joie intense, que j’'ouvre les assises qui vont donner naissance à un Parti nouveau qui groupera toutes les forces saines et agissantes de notre Territoire. J’en suis d’autant plus sensible que j’ai, pendant plus de Dix ans, participé activement à tous les évènements  politiques qui ont eu pour théâtre la Mauritanie. J’ai fait partie d’une majorité qui a supporté les assauts d’une minorité, comme j’ai œuvré avec une minorité qui ne fut  pas inactive.

 

Je suis donc conscient de tout ce qui peut handicaper un pays neuf, un pays sous-développé dont les enfants vivent sous l’action néfaste d’une division stérilisante. L'époque des oppositions fratricides est révolue, comme celle du culte de la personnalité pour tous ceux qui ne veulent pas être en marge de la société nouvelle dont l'évolution s'accélère au rythme des temps que nous vivons.

 

Depuis la Constitution de 1946, nous apprenons à conduire nous-mêmes, par étapes progressives, nos affaires, subissant ainsi les lois de la promotion humaine. Cette constitution est allée plus loin que certains ne veulent le croire, puisqu’elle avait prévu jusqu'au choix par nous-mêmes, de notre statut futur, c’est à dire de notre manière de nous gouverner.

 

La Loi-cadre du 23 juin 1956 a donné aux FRANÇAIS ressortissants de l'Outre-Mer l’occasion de faire preuve de leur maturité politique. Elle leur a accordé une semi-autonomie dans le cadre de la REPUBLIQUE FRANCAISE en attendant la révision du TITRE VIII de la CONSTITUTION. Les réformes nouvelles que nous réserve cette révision peuvent être revendiquées, mais ne sont utiles que dans la mesure où nous saurons nous grouper, nous unir, oubliant ce qui nous divise, raffermissant ce qui nous rapproche.

 

Pour nous, Mauritaniens, aujourd'hui, nous n'envisageons, sur le plan local, ni unité d’action, ni unification des partis: nous entendons simplement faire table-rase de tous les mouvements politiques qui s’affrontaient et nous divisaient. Nous voulons faire du neuf et constituer, entre personnes de bonne volonté, avec les forces dynamiques mais réfléchies du pays, une Union qui puisse nous conduire à l'étape nouvelle que nous allons aborder et qui nous guide pour la franchir sans encombre.

 

C’est à cette Union que nous convions à ce Congrès mémorable d'Aleg, les habitants de ce pays qui sont soucieux de son destin.

 

A la rencontre historique des grands partis africains qui a eu lieu à Dakar, les 26 et 27 mars dernier, nous  avions réservé notre adhésion au Regroupement jusqu’après le Congrès qui nous réunit aujourd’hui. Le Comité de Fusion des Partis Mauritaniens n’avait pas, en effet, mission de prendre une position si le Regroupement organique de tous les partis n’était pas réalisé. Le R.D.A. n’ayant accepté que l’unité d’action avec les autres partis locaux réunis au sein du P.R.A., la Délégation Mauritanienne n’a pas cru devoir empiéter sur les décisions que seul doit prendre le nouveau Parti à créer. Pour nous forger un nouveau destin, il nous faut nous unir, en surmontant nos mesquines querelles d’hier que rien de sérieux ne justifiait. Car, ayant les mêmes confessions religieuses et idéologiques, nous avons le même désir de progrès dans l’ordre et la fraternité.

 

Le moment est propice aux contacts qui doivent mener à des solutions heureuses. Si l'avenir nous apparait plein de promesses encourageantes, il se dessine aussi lourd de responsabilités. Les reformes nouvelles que nous allons aborder sur les structures fédérales doivent définir les rapports des Territoires Africains avec la Métropole. Il est nécessaire que l’unité de chaque Territoire soit retrouvée, que la Communauté Africaine soit d’abord réalisée. Quand nous nous serons retrouvés chez nous-mêmes, quand nous aurons formé un front solide et uni, face aux autres formations politiques de l'Afrique Noire, nous aurons assez de force pour montrer que nous sommes, à l'heure des Grands ensembles, perméables à l’idée de Regroupement des Partis Africains, à l’échelon interterritorial ou fédéral. À ce Regroupement, nous pourrons apporter notre pierre à l’édification de cette Communauté Franco-Africaine fraternelle et égalitaire. Pour laquelle l'accord a été scellé et les bases jetées à la Conférence des Responsables Politiques qui s’est tenue à Paris, Salle Colbert, les 15 – 16 et 17 Février dernier.

 

 

CAMARADES, Je déclare ouvert le Premier Congrès Mauritanien qui,  placé sous le signe de l'Union sacrée dans la fraternité et la sincérité, doit consacrer l'Unification de tous les Partis Politiques de notre Territoire que nous voulons préserver de toutes les convoitises.

 

 

Flam.

Suivre les Flam sur

Adherer