18 octobre 1985: Benjamin Moloise, le poète révolutionnaire noir est exécuté par Le régime raciste blanc sud africain

Benjamin Moloïse a été pendu "Annonce au monde entier que nous vaincrons"

 

Condamné à mort pour le meurtre d'un policier noir tué au fusil-mitrailleur alors qu'il rentrait chez lui, Benjamin Moloïse a été pendu à l'aube, ce vendredi 18 octobre. De nombreux appels à la clémence avaient été adressés à l'Afrique du Sud. Plusieurs ambassadeurs occidentaux et le représentant de la CEE à Johannesburg avaient fait des démarches jeudi. Le chargé d'affaires français avait remis du ministère des affaires étrangères un message de M. Roland Dumas, affirmant notamment : " L'exécution de M. Moloïse (...) constituerait un obstacle supplémentaire à l'apaisement et à l'indispensable dialogue entre les diverses communautés d'Afrique du Sud. La réprobation qu'elle susciterait rendrait plus malaisé encore pour votre gouvernement la recherche d'une solution durable aux problèmes que connaît la société sud-africaine. "M. Claude Estier, président de la commission des affaires étrangères de l'Assemblée nationale, a déclaré vendredi, après l'annonce de l'exécution : " Cela devrait nous pousser à aller encore plus loin dans les mesures qui ont déjà été prises à rencontre de l'Afrique du Sud. "L'ambassade d'Afrique du Sud en France dénonce " la campagne de désinformation orchestrée en France au sujet de cette affaire. "

 

LE MONDE | 19.10.1985

 MICHEL BOLE-RICHARD

 

Johannesburg. - Benjamin Moloïse a été la quatre-vingt-septième personne pendue, cette année, en Afrique du Sud. Deux cent dix autres attendent actuellement dans les cellules réservées aux justiciables de la peine capitale. En 1984, cent quinze condamnés à mort ont été exécutés. Des chiffres qui se passent de commentaires et qui illustrent pourquoi le cas de Benjamin Moloïse n'a eu qu'un écho limité en Afrique du Sud, en comparaison avec le bruit que cette affaire a suscité à l'étranger.

En fait, Benjamin Moloïse n'était pas une personnalité marquante du combat contre l'apartheid. Tapissier de profession, il s'est découvert, depuis son incarcération au mois de novembre 1982, après le meurtre d'un policier, des talents de poète. Mais sa renommée n'a guère franchi les murs de la prison. D'autre part, il n'a jamais été un membre actif de l'ANC (Congrès national africain), et, s'il a reconnu en dernier ressort sa participation à l'assassinat pour lequel il a été condamné à la peine capitale, il a précisé qu'il avait été contraint de passer à l'acte sous la menace.

 

Si Benjamin Moloïse est devenu célèbre, c'est surtout en raison du fait que son nom a été associé à celui de trois militants de l'ANC exécutés le 9 juin 1983. Tous trois avaient été arrêtés par le policier dont l'assassinat avait été ordonné par l'ANC, et auquel Benjamin Moloïse a participé.

Le nouveau martyr de la cause noire n'est donc qu'un militant de faible envergure qui, après avoir beaucoup tergiversé, n'a reconnu qu'au dernier moment être un combattant antiapartheid. Son avocate, Me Priscilla Jana, a d'ailleurs toujours fait valoir qu'il s'agissait d'un être faible, qui a été manipulé et influencé. Ce qui d'ailleurs n'enlève rien au fait que ce poète amateur a accepté son sort avec un courage certain et qu'il est allé à la potence après avoir demandé aux siens qu'on ne s'apitoie pas sur lui.

 

 

L'exécution de Benjamin Moloïse suscite une large réprobation internationale

LE MONDE | 21.10.1985

 

L'exécution de Benjamin Moloïse a suscité une tempête de protestations dans le monde. M. Perez de Cuellar, secrétaire général des Nations unies, qui avait lancé un appel à la clémence, a " déploré " le silence de Pretoria. L'Organisation de l'unité africaine a appelé la population sud-africaine à renforcer sa lutte contre "le régime criminel ", auteur d'un " meurtre judiciaire". Toujours parmi les réactions africaines, le maréchal Mobutu, de passage à Paris, a exprimé son " indignation ", M. Léopold Sedar Senghor a lu vendredi au journal de TF1 quelques lignes du militant noir.

 

Le commissaire européen aux affaires extérieures, M. Willy de Clerq, a "déploré vivement" le refus de Pretoria de tenir compte des interventions en faveur de Moloïse. La condamnation est unanime dans les Etats membres de la Communauté européenne. Interrogé au cours de sa conférence de presse au Brésil, M. Mitterrand a déclaré : " Pour un chef d'Etat qui a aboli la peine de mort, cette exécution est un grand dommage pour la civilisation ". Il a rappelé que le ministre français des relations extérieures, M. Roland Dumas, était intervenu auprès des autorités de Pretoria " pour tenter de sauver ce condamné en marquant qu'une exécution ne ferait qu'aggraver l'état, déjà fort difficile, des relations entre la France et l'Afrique du Sud ".

 

A Londres, le Foreign Office estime que cette exécution n'aboutira qu'à " aggraver la situation intérieure". Mme Thatcher, qui se trouve à la conférence du Commonwealth à Nassau, reste hostile aux sanctions économiques mais elle a soutenu l'idée, avancée par l'Australie, de créer un " groupe de contact " des pays du Commonwealth qui favoriserait des négociations entre les différentes communautés raciales d'Afrique du Sud.

 

 

M. FABIUS : une " exécution scandaleuse "

LE MONDE | 19.10.1985

 

Le premier ministre, M. Laurent Fabius, s'est rendu, ce vendredi à 11 h 30, devant l'ambassade d'Afrique du Sud, à Paris, pour observer une minute de silence à la mémoire de Benjamin Moloïse, le militant noir exécuté à Pretoria. " Je suis venu simplement, a-t-il dit m'incliner comme premier ministre devant sa mémoire après cette exécution scandaleuse. "

Parallèlement, l'Assemblée nationale a suspendu ses travaux pendant cinq minutes dans la matinée pour marquer son " indignation " après l'exécution du poète noir sud-africain.

 

Au Quai d'Orsay, le porte-parole du ministère des relations extérieures a déclaré : " Le gouvernement français exprime sa profonde émotion devant l'exécution de Benjamin Moloïse. Le refus des autorités sud-africaines d'entendre les appels à la clémence qui leur ont été adressés par la Communauté internationale compromet gravement les efforts de dialogue indispensable à l'apaisement et à la recherche d'une solution durable des problèmes de la société sud-africaine. Le cycle de violence risque d'être relancé ".

 

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