Journée mondiale des réfugiés Déportés de leur pays, depuis 1989, les 14 000 réfugiés mauritaniens  installés à Dagana, racontent leur calvaire

Sur les sites de Thiabakh, des huttes bien faites, quelques cases éparpillées en pleine forêt, des tas de bois morts par-ci, des marmites au-dessus du feu par-là et deux à trois ânes attachés sous des arbres, font le décor. L’ambiance « morose » elle, est assurée par ces quelques enfants qui, sans habits ni chaussures, jouent, des ovins qui, de retour du pâturage, crient en courant, des coqs qui chantent, et parfois des chiens qui aboient en apercevant des Etres inconnus.

De loin, rien n’indique que ce sont des Mauritaniens qui y vivent. La culture « Peulh » et la couleur de leur peau, cachent les maux dont souffrent ces nombreux réfugiés Mauritaniens. Sans détour, ils se confient à nous et lâchent tout.

 

Des conditions de vie difficiles

De Dagana à Richard-Toll, en passant par les sites de Thiabakh1, Thiabakh 2, à Déportés Mauritaniens 1Thiabakh 7, partout où nous sommes passés, des témoignages concordants en disent long sur les nombreux problèmes rencontrés par les Mauritaniens.

Berger d’une soixantaine d’années, Aliou Boubacar Ba, résidant à Thiabakh 5 depuis 1989 s’est confié à nous. Au bout de ses lèvres, il vient sur les conditions dans lesquelles sa famille et lui ont été chassés de leur pays natal, il y a de cela 22 ans. « Le conflit est déclenché en 1989, à Diawara, un village situé près de Bakel entre les Peulhs noirs et les maures. Et lorsque le conflit qui opposait les deux pays, était devenu rude,  les autorités ont procédé à la déportation des noirs, généralement des Peulhs, au Mali et au Sénégal. A bord de camions, tous les membres de ma famille et moi avons été déportés jusqu’ici. »

 

Pour sa part, Sokhna Faty Seck Dia, une dame à l’âge mûr, raconte le quotidien des réfugiés vivant à Thiabakh 3. « Chaque matin, nous nous démerdons pour vivre et nourrir nos enfants. Malgré qu’il y a la paix, mais nous vivons le calvaire ici. Grâce au soutien des bonnes volontés, on a pu survire jusqu’à présent.» Poursuivant ses propos, cette dame ajoute : « nos enfants les vieillards et les enfants les plus vulnérables, meurent à cause d’un manque de moyens. Et nous sommes exposés au danger, car nous n’avons là où nous mettre, quand il pleut.»

 

« Nous manquons de tout. Ici, il y a des familles qui font 7 à 8 par case. Et pourtant, nous avons laissé en Mauritanie, des maisons bien construites » regrette Coumba Seydi Dia.

 

Rappelons que dans ces camps de réfugiés, la principale activité qui préoccupe les Mauritaniens, reste l’élevage. Toutefois, il n’y a pas d’eau potable, ni électricité et les 14 000 personnes qui y vivent, sont exposées à une insécurité totale.

 

Pour s’approvisionner en eau potable, ils sont obligés de parcourir 3 à 6 kilomètres pour rallier Richard-Toll. Et pour voler au secours de cette partie de la population mauritanienne, le Haut-Commissariat des Nations unies pour les Réfugiés (UNCHR), avait, dans son programme d’intégration locale des réfugiés, financé en avril 2011.

 

Mais également, les quelques rares enfants qui sont inscrits à l’école publique sénégalaise, défient une distance de six kilomètres par jour.

L’autre problème rencontré par ces Mauritaniens, et non des moindres, reste le manque de terres, pour s’adonner aux activités agricoles. « Nous savons que le Walo est une zone de culture, mais, nous n’avons pas de terre pour nous consacrer à l’agriculture. »

 

Ces réfugiés appellent le Président de la République Islamique de la Mauritanie, Mouhamed Ould Abdel Aziz et son homologue Sénégalais, à trouver un accord pour qu’ils puissent regagner leur vie d’avant conflit de 1989. A défaut, ils lancent un appel solennel au Président Macky Sall, à les soutenir pour avoir des habitations confortables pour vivre avec leurs familles.

 

« Nous sommes victimes de racisme »

D’après les membres du mouvement « Touche pas à ma nationalité », la déportation et la difficile réintégration des 24 mille réfugiés, s’expliquent par un enjeu ethnique, racial et démographique. En les croire, le régime Mauritanien a toujours eu une dent vis-à-vis des peulhs de race noire. « C’est ce qui avait poussé l’Etat Mauritanien à déporter plus de cent vingt mille personnes. Et aujourd’hui, il y a des citoyens qui sont revenus dans leur pays, et qui ont présenté toutes les pièces, mais qui ont été rejetés sans aucun motif. Alors que l’Etat mauritanien est en train d’encourager, le recensement des Touaregs, des Sahraouis, voire des Syriens. » Selon eux, il fallait diminuer le poids démographique des Noirs Mauritaniens d’où leur déportation vers l’autre côté du fleuve.

 

En Mauritanie, la réintégration des Noirs revenus reste très difficile. Dans ce contexte, Abdou Birane Wane appelle ses concitoyens à rompre le silence. « Il est temps que tout le monde agisse, la société civile, les partis politiques et les bonnes volontés pour venir en aide à ces frères Mauritaniens qui ont trop souffert depuis 1989. »

Venu de la capitale mauritanienne, Abdou Birane Wane, leader du mouvement « Touche pas à ma nationalité »,  «Nous sommes venus apporter notre soutien à nos frères Mauritaniens noirs déportés depuis 1989.

 

Pointant du doigt le régime mauritanien, M. Wane estime que « les autorités mauritaniennes prétendent avoir réglé tous les problèmes des négro-mauritaniens retournés en Mauritanie. » Pour lui, sur les 24 mille reportés, six mille seulement ont pu être enrôlés pour retrouver leurs pièces d’état-civil attestant leur nationalité mauritanienne. A l’en croire, il y a aujourd’hui plus de 14 mille qui sont au Sénégal

 

Le retour envisageable à une condition…

Vivant sur le territoire sénégalais depuis 1989, la presque totalités des Mauritaniens recasés dans les 7 sites de Richard-Toll, sont unanimes. Pour la plupart d’entre eux, rentrer chez-eux en Mauritanie, c’est le rêve le plus noble. Selon bon nombre de réfugiés, étant déportés de force au Sénégal, ils ont tout laissé au Pays d’Abdel Aziz : biens mobiliers, habitations, magasins de commerce, troupeaux, et même des parents, pour venir ici dans de conditions déplorables.

 

A la question « êtes-vous prêts à retourner en Mauritanie ? », la réponse reste la même : « Oui, si nous trouvons la paix. » Donc pour ces Mauritaniens « Sénégalisés », retourner dans leur pays d’origine, c’est le rêve le plus absolu. Mais, précisent-ils, il faut que la paix leur soit d’abord garantie. « Nous voulons retourner chez nous, regagner notre travail. Mais, nous ne voulons pas être victimes de racisme. Ici, les conditions de vie sont certes difficiles, mais, il y a quand même la paix » s’exclame, Mamadou Seydi.

 

« Nous sommes nés en Mauritanie, et nous sommes conscients que la vie est moins chère là-bas. Mais, nous préférons avoir la paix. Si on devait rentrer, il faudrait d’abord qu’on règle tous ces problèmes racistes. Sinon, on préfère mourir ici, plutôt que d’être humiliés sur notre propre territoire » a lâché, Sokhna Faty Seck Dia.

L’Etat Mauritanien au banc des accusés

En Mauritanie, la question des droits humains intéresse de plus en plus les acteurs de la société civile. Selon beaucoup de Mauritaniens, les pratiques esclavagistes persistent dans ce pays. Et les déportés continuent de demander plus de considérations.

 

Venus rendre visite à leurs concitoyens Mauritaniens, les membres du mouvement « Touche pas à ma nationalité », ont annoncé qu’une plainte a été déposée sur le bureau des nations unies pour disent-ils, « fustiger l’attitude des autorités étatiques mauritaniennes. » Abda Wane, qui se dit lui avoir été victime de déportation en 1989 avec sa famille, « on a introduit une plainte contre le régime mauritanien pour déportation, violation des droits humains et tuerie. La plainte est en cours, et nous avons poursuivi les procédures et nous attendons la suite à cela. »

Reconnaissant la surexploitation d’une majorité noire par une minorité arabo-berbère, M. Wane et compagnie, affichent leur désolation : « Au XXI siècle, en Mauritanie, il y a des personnes qui sont propriétaires d’autres personnes. » Pour M. Wane, quand le Président part visiter la maison de l’esclavage, alors qu’il y a toujours des pratiques esclavagistes chez lui, cela relève d’une pure farce.

 

Pour combattre « l’oppression qui perdure dans son pays », le journaliste déclare que « c’est frustrant d’être né dans un pays et d’avoir ses parents là-bas, et qu’on vous refuse votre nationalité. Un bon jour, on vous déporte de votre patrie historique. »

 

A ce titre, des organisations anti-esclavagistes, n’ont pas manqué de dénoncer l’esclavage qui est encore pratiqué en Mauritanie. D’après le Global Slavery Index 2013, la Mauritanie compte le plus gros taux d’esclavage par habitant. Selon une étude menée par le Walk Free Foundation, une organisation anti-esclavage, environ 151.000 personnes, soit presque 4% de la population, sont victimes de ces pratiques esclavagistes dans le pays d’Abdel Aziz. Et récemment, selon un observateur de la faction des droits de l’homme des Nations Unies, cette organisation a demandé le régime mauritanien à « supprimer l’esclavage en cours. »

 

Flam.

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