28 NOVEMBRE-INAL : QUAND UN ÉTAT "ISLAMIQUE" EMPÊCHE LES VEUVES ET ORPHELINS DE PLEURER ET PRIER LEURS MORTS

 

28 NOVEMBRE-INAL : QUAND UN ÉTAT "ISLAMIQUE" EMPÊCHE LES VEUVES ET ORPHELINS DE PLEURER ET PRIER LEURS MORTS

Plusieurs entités de la société civile mauritanienne, dont COVIRE, FONADH, TPMN, Kawtal Yelitaare, ont commémoré, le massacre d'Inal, en présence de rescapés, veuves et orphelins, samedi 28 novembre 2015, près du lycée de Sebkha. Des veuves témoignent, durant ce moment qui aurait dû être de recueillement, de prières, et que la police est venue perturbée. Reportage.

28 novembre 1960: la Mauritanie accède à l'indépendance, deux ans après le référendum de 1958, et la Constitution mauritanienne adoptée l'année suivante, qui instaurent un régime parlementaire.

28 novembre 1990: 30 ans après le jour glorieux de l'indépendance, le jour funeste de la scission des coeurs. 28 militaires mauritaniens noirs de la base d'Inal, sont pendus pour commémorer ce jour patriotique. C'est l'évènement symbolique des pogroms opérés au sein de l'armée mauritanienne qui veut littéralement en finir avec "la question noire".

25 ans après ces massacres, le collectif des veuves et des orphelins n'a toujours pas fait son deuil. Et pour cause : "Nous ferons notre deuil quand on nous rendra les dépouilles de nos pères et maris, et quand les coupables qui agissent toujours au sein de l'appareil de l'état, seront confrontés" assure Maïmouna Sy, présidente du collectif des veuves, et éplorée de Baïdy Alassane, contrôleur des douanes, pendu à Inal. "Nous continuerons à pleurer et crier de rage tant que justice et vérité ne seront pas rendues pour les victimes de ce crime contre l'humanité! Nous transmettrons cet héritage à nos enfants et petits-enfants s'il le faut!" martèle avec une flamme dans les yeux, Maïmouna sy.

"Ils nous condamnent à une mort lente en nous maintenant dans ce déni de justice. Mais au moins nous avons nos bouches, ils ne peuvent nous empêcher de nous rassembler et de prier nos morts! A moins qu'ils ne nous tuent, et qu'ils nous envoient rejoindre nos parents tués!" ajoute derrière elle une autre veuve, Awa Diop, toute aussi déterminée.

"Mon mari a été tué à Azelam. Nous n'avons jamais eu son corps. Les autorités ou les bourreaux, ne se sont jamais déplacés pour nous faire part d'une quelconque excuse ou de témoignage. Et c'est nous qui demandons juste aux autorités d'agir en musulmans, qui serions des diviseurs? Où va-t-on si vérité et justice deviennent synonymes de haine dans la bouche de ces mécréants?! Ces gens sont des hypocrites, mais Allah les jugera! Wallahi ils n'échapperont pas au jugement d'Allah!" hurle presqu'en pleurant Awa, en brandissant le portrait de son mari, Gaye dahirou Amadou, 1ère classe de l'armée de terre, brûlé vif à Azelam selon des témoignages de rescapés qu'elle a entendu. Il laissait à l'époque quatre enfants derrière lui.

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"Pas de vengeance, seulement la justice"

"Nous ne réclamons pas vengeance, mais simplement justice et vérité. Ces tenues que ces policiers-là portent ce sont nos maris qui leur ont donné un sens, qui ont construit ce pays. Ce sont les tenues de nos maris qu'ils portent et avec lesquelles ils veulent nous empêcher de prier" finit Awa Diop à bout de souffle.

Aissata Lô, veuve du caporal Djbril Bossiradj, pendu à Inal, est toute aussi farouche, avec son fils de 26 ans à côté d'elle. "Les autorités nous disent de pardonner, mais on pardonne un individu et un tort identifiés n'est-ce pas? Qu'on identifie les bourreaux, qu'on les mène à nous, et je jure sur la tombe de mon mari que s'ils me demandent pardon, je leur pardonnerai; je veux juste quitter ce monde en paix, et tourner cette page. Ceux qui nous refusent ce droit élémentaire, sont ceux qui veulent mentir et diviser le pays" dit-elle calmement, mais la voix fortement émue quand elle termine : "Mon fils n'a jamais vu son père. Peut-on pardonner ça? Ce n'était pas la volonté d'Allah ça! C'était la volonté de démons. Et je pèse mes mots".

"L'oubli et le règlement bancal dans lequel les militaires qui détiennent l'autorité dans le pays, veulent maintenir ce drame, ne nous fera pas plier dans l'exigence de vérité, de justice, de réparations etde mémoire que les veuves et orphelins réclament. Et que la population mauritanienne dans sa diversité d'ailleurs devrait réclamer ! Comment voulez-vous parler décemment d'unité nationale, de réconciliation des coeurs, quand vous frustrez ainsi tout un pan de votre population !?" vibre Mamadou Kane, président du COVIRE.

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Les forces du désordre entrent en jeu

"C'est la fête de l'indépendance; les uns rient, nous on pleure. Ce portrait que vous fixez c'est mon mari; et ce grand gaillard à côté de moi, c'est mon fils qu n'a jamais connu son père. Est-ce que lorsqu'on a tué son père l'état a demandé une autorisation, comme vous nous en demandez? Si vous êtes des hommes et des musulmans, ayez au moins la décence de nous laisser prier nos morts" crie longuement, Maïmouna Sy, la présidente du collectif des veuves, en direction de deux policiers qui marchent avec leurs bottes poussiéreuses sur les tapis de prières placés sur la place publique derrière le lycée de Sebkha. L'un deux dira ostensiblement, méprisant à l'égard de la dame : "Hayy khrouj"*.

Yero Abdoulaye Sow, un des membres fondateurs du mouvement Touche pas à ma nationalité, est là pour la commémoration. "L'état qui a la responsabilité des massacres, ne peut décemment pas donner d'autorisations pour des manifestations qui contesteraient sa version mensongère des faits. On ne peut être juge et bourreau" assène-t-il. "Le président de la République dit régulièrement que cette histoire est réglée, mais vous le constatez vous-même : les rescapés, les veuves et orphelins sont là pour lui dire que cette page n'est pas encore tournée; et ce sont les policiers chargés en théorie de l'ordre et de la sécurité qui sont venus provoquer!" termine le militant.

Un devoir de vérité et de justice, que le colonel à la retraite, Oumar Ould Beibecar martèle régulièrement dans ses tribunes cathartiques. "Seuls ces mots sauveront la Mauritanie. Seules les victimes peuvent pardonner leurs bourreaux. Les tentatives de règlement opérés par l’actuel pouvoir ne sont qu’une manœuvre dilatoire pour protéger les bourreaux" dit-il au téléphone, quelques instants avant d'être arrêté par des éléments de la sureté en civil.

Ils sont venus le chercher à la fin d'une conférence de l'AJD-MR vers 14h30. Ils nous ont dit qu'ils l'emmenaient au commissariat central, mais nous avons fait le tour des commissariats de la capitale en vain, et ne l'avons pas trouvé. Maintenant on nous dit qu'il est éventuellement à la DGSE. Nous n'avons pas de ses nouvelles, ni sa famille par ailleurs" affirme Mamadou Kane président du COVIRE.

Le soir même de ces commémorations, le président de la République, Mohamed Ould Abdel Aziz, disait ceci en substance à la TVM, en direct :"Les gens qui évoquent ce problème veulent inciter à la haine et diviser les mauritaniens. Cela ne ressuscitera pas les morts". Sans commentaires.

* "Ce sont des broutilles"

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Lundi 25 Janvier 2016

Boolumbal Boolumbal


 

 

 

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