Intervention du Camarade Sidi Tidiane Gueye Président de la Fetafe.

A l'évidence, la Mer Méditerranée est  devenue un véritable cimetière, toujours " gloutonne" à engloutir des  hommes, des femmes, des  enfants et autres vieillards pris dans les pièges morbides quête de vie meilleure, abusivement entretenue par des trafiquants ignobles  d'êtres humains.

Nous devons également avoir une pensée pour les autres victimes ensevelies elles, dans la mer de sable du désert sahélien et saharien.
 
Au-delà de ce constat macabre qui scande l'aventure de bon nombre de candidats à l'émigration, vers l'Europe notamment, il nous appartient de mettre en exergue les causes essentielles de la tragédie  qui se déroule dans la quasi indifférence.

 

A ce sujet toutes les élucubrations, toutes les analyses d'ordre socio-économique ne doivent nous faire oublier que  le fait de transformer l'Europe en une forteresse a comme résultante principale la série de drames sur terre, dans les airs et en mer que nous dénonçons et que nous continuerons à dénoncer!

 

Dès1991, la Fetaf, devenue en 2014 Fetafe, de concert avec d'autres organisations démocratiques, s'est employée à pointer le danger que constitue la Convention de Shengen pour les ressortissants des pays tiers.

Et c'est à l'instigation de la Fetaf que l'Organisation de l'Unité Africaine (OUA) a adopté une Résolution lors du Sommet des chefs d'Etats Africains d'Abuja  (NIGERIA) en 1991, condamnant  la dite Convention de Shengen, la Convention qui jure d'avec les dispositions relatives au  principe de la liberté  de circulation de la  Déclaration des Droits de l'Homme et de la Convention de Genève sur le Droit d'Asile.

Aujourd'hui, même si le débat sur le phénomène migratoire s'avère légitime, il faut selon nous, à la Fetafe,  savoir raison garder.

 

Les  réactions épidermiques, que provoque le sujet, ne se justifient guère au regard  des données réelles: l'immigration monde  dont on parle - car il y a désormais  une  diversification des  destinations - ne doit pas nous abuser si  l'on  sait que  l'immigration ne  représente environ que 3%  de la  population mondiale. On  est loin  de la menace  de déferlement et de la  menace  pour l'identité, les valeurs, civilisationnelles que pourrait constituer à terme  la présence des immigrés surtout des pays du Sud, désignés comme  boucs émissaires voire ennemis de l'intérieur.

 

Loin de nous l'idée de vouer aux  gémonies  la France, voire l'Europe notre terre d'élection,  comme  nous ne cessons de le  répéter dans  toutes nos déclarations. Mais force est  de reconnaître la complicité objective  entre l'Europe forteresse et les différentes filières de l'économie criminelle! Tout doit être mis en œuvre pour traquer  ces  filières surtout dans le contexte actuel surdéterminé par la menace terroriste qu'il urge de combattre.

Que faire  pour  une  alternative  crédible?

 

Pour l'Afrique, il s'agit de mettre en  perspective les  problèmes d'aujourd'hui, il est  alors grand temps de mettre à exécution une véritable politique de bonne  gouvernance en matière de migration. Tout  doit être mis en œuvre , en ce qui concerne les pays africains - par exemple pour que  la "migration" ne soit plus une obligation mais un choix".  C'est là où vit  l'enjeu d'une conception responsable et réaliste d'une gestion du phénomène migratoire en parfaite adéquation avec  une mondialisation équitable.

 

Pour ne pas  subir les effets d'une  émigration débridée, à l'heure d'un monde  interconnecté, les  pays  africains ont  l'impérieux devoir moral et politique d'accélérer le processus d'intégration économique du continent aux fins d'optimiser les potentialités actuelles de  croissance et  de développement.

 

Au lieu de cela, on risque d'assister à des conflits de cohabitation entre africains alors que seule la promotion d'une  véritable citoyenneté africaine, telle  que  prônée par l'Organisation de l'Unité Syndicale africaine (OUSA), pourra  réconcilier l'Afrique avec son histoire et "booster" son économie.

 

Hélas, la concomitance du drame en Méditerranée et la folie xénophobe en Afrique du Sud, nous rappelle   une réalité: celle de l'émigration inter- africaine. Elle (l'immigration, inter africaine) doit faire l'objet d'une particulière attention  de la  part  de tous les  acteurs de la vie démocratique et politique.

 

Avec pour la France une  présence d'étrangers évaluée  à 8%  de la population totale (38%  d'européens et 42%  venant du continent africain, les autres nationalités complètent le tout...) et environ 13% pour l'Allemagne, l'Afrique peut  afficher  des pourcentages en la matière beaucoup plus importants. Le flux migratoires étant beaucoup plus important dans les pays du Sud, la réalité est  que  ces  derniers, pourtant plus pauvres, contribuent plus que l'Europe aux exigences de la Solidarité.

Nous  en appelons à la Fetafe, à  une  nouvelle  approche du phénomène migratoire qui allie responsabilité et cogestion des flux migratoires pour tarir les ingrédients qui  renflouent les filières clandestines.

 

En effet, il est  établi que  pour bon nombre de pays, notamment africains, la fuite  en avant d'une bonne partie de candidats à l'émigration constitue une réelle déperdition d'énergie et un réel manque à gagner sur le plan des ressources financières.

 

Le prix  à payer, en dehors des risques réels de perdre la vie se chiffrent à plusieurs milliers de dollars pour les candidats à l'émigration.

Des études sérieuses de l'Université de Lille (France) ont montré que les pays pauvres sont aujourd'hui, compte tenue des sommes exorbitantes qu'exigées par les trafiquants de main-d'œuvre, les moins émetteurs d'émigrés vers l'Europe.

 

Ceux qui aujourd'hui, poussés par l'insécurité dans leurs pays d'origine (terrorisme, instabilité institutionnelle) ou tout simplement en quête de meilleurs conditions de vie ailleurs que chez eux  disposent d'un capital appréciable, qui leur permet de partir.

 

Tout doit être mis en œuvre pour prévenir toutes les ressources de tension  d'inspirations xénophobe au sein des  sociétés africaines.

 

L'Humanisme africain nous oblige et nous engage dans ce combat  salvateur pour contrer les forces destructrices centrifuges qui  visent à rendre impossible " le Vivre Ensemble" dans tous les pays africains. Et notre désolation est à la mesure du long combat  souvent inégalitaire, mené pour le démantèlement du système de l'apartheid.

 

De concert avec des mouvements anti-apartheid notamment le MRAP, sous l'observation intellectuelle et morale d'Albert Levy, la FETAF de l'époque a participé à tous les rendez-vous mensuels organisés devant l'Ambassade du régime raciste d'Afrique du Sud. La contribution du mouvement démocratique français a été décisive à partir des années 1982-1983 et devait se renforcer jusqu'à la libération de MANDELA.

 

Même s'il faut se convaincre que les récentes manifestations de xénophobies ont contraire aux - les principes du système arc-en-ciel, elles ne peuvent en rien décrédibiliser notre combat contre le régime de l'apartheid. Il appartient aux dirigeants actuels de l'Afrique du Sud de faire montre de fermeté et de pédagogie. Nous continuons, à la FETAFE, à faire confiance au gouvernement sud-africain et aux forces vives de ce Pays frère!

 

Inscrit dans nos premières priorités, le problème de la liberté de circulation constitue, si l'on peut dire, le nœud gordien de la problématique migratoire à l'heure actuelle.

 

Face à une opinion publique nourrie de fantasmes dans un contexte socio-économique anxiogène, la FETAFE en appelle au sursaut des éveilleurs de conscience. C'est, du reste à ce titre, que nous saluons ici l'engagement du Saint homme le Pape François pour une solidarité plus active et une mobilisation de tous les pays notamment européens aux fins de mettre fin à la poursuite de la Tragédie en Mer Méditerranée.

 

Aujourd'hui, 23 avril 2015, en ce moment même où nous tenons ce rassemblement à la Bastille, l'Union Européenne se réunit à Bruxelles pour élaborer un programme d'urgence pour faire face à la situation. Notre souhait le plus ardent est que l'ensemble des pays s'accordent à trouver des solutions à la hauteur de la gravité des événements.

Et que faire pour les pays africains ?

 

A notre sens, il y a nécessité pour tous les acteurs du mouvement démocratique, de la vie politique de se mobiliser et de se hisser à la hauteur de la mission actuelle : porter assistance aux personnes en danger de mort en s'employant à trouver des alternatives crédibles par l'éducation, l'information et la dissuasion, toutes choses qui peuvent contribuer à déconstruire l'image de l'Europe Eldorado !

 

Nous nous y sommes employés lors du Conseil Général de l'organisation de l'Unité Syndicale du 23 au 25 février 2015.

 

En effet, en dépit du rôle important que l'immigration africaine a joué et continuera à jouer  pour apporter sa contribution au développement des pays d'origine, une chose est admise : l extraversion de l'économie africaine est un handicap de taille dans le monde globalisé actuel. Gageons que le beau concept de codéveloppement, débarrassé des  oripeaux d'aide liée, d'économie de rente, de libre échangisme genre accords de partenariat économique (APE)  puisse se traduire sur le terrain par des  programmes axés sur les besoins fondamentaux des segments les plus exposés tels que les jeunes, les diplômés et les femmes.

 

Dans le contexte actuel nous proposons la tenue  d' un sommet mondial sur  les  problèmes de l' émigration. Nous devons, à la Fetafe, redoubler de vigilance et de marquer notre présence sur le terrain pour éclairer l'opinion sur le sens de notre présence en France et en Europe.

 

A ce titre nous ne manquerons pas de manifester notre plus grande solidarité aux travailleurs "Sans Papiers" et continuerons à exiger leurs régularisations car il faut  le savoir de par leur  travail et leur consommation quotidienne, les travailleurs "Sans Papiers" au même  titre que les autres contribuent à la Croissance dans le pays d'accueil.

Ainsi chers ami(e)s, nous  avons essayé d'aborder les principaux sujets relatifs à l'Immigration émigration, car la Démocratie ne peut se découper  en morceaux.

 

Toute en vous remerciant de votre attention et patience, je vous  invite à une communion avec toutes les victimes de la Tragédie  qui vient  de se dérouler  dans la Mer Méditerranée et à observer, une  minute  de Silence ici en France, Pays de la Démocratie et  au Pied de la Bastille, adossés  que nous sommes  à la Seine «Fluat nec mergitur».


Pour la FETAFE


Le Camarade Sidi Tidiane GUEYE
Président

 


19, Rue de Thionville – 75019 PARIS
Tél. 06 99 18 07 19 / 07 58 21 03 72

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