30ème anniversaire des exécutions des lieutenants Amadou SAAR, Seydi BA et Saydou SY à Jreida

6 décembre 1987- 6 décembre 2017

 

Jeudi 22 octobre 1987, une vague d'arrestations sans précédent s'est abattue sur les éléments noirs des forces armées mauritaniennes. Plusieurs centaines sont arrêtés, torturés et dispersés à travers les garnisons du pays. Le pouvoir raciste et génocidaire du colonel de sinistre mémoire Maouyaa saisit là le prétexte d'une tentative de coup sans début d'exécution pour entamer la plus cruelle entreprise de dénigrification des éléments négros mauritaniens au sein des forces. Au terme d'un procès inique et bâclé, trois officiers seront exécutés au petit matin du 6 décembre 1987 à Jreïda. Ils avaient voulu un peu plus de justice, d'égalité et de citoyenneté. C'était compter sans le sanguinaire Ould Taya et le système qu'avec ses acolytes avaient mis en place. Ce ne fut qu'une étape, 1989 et 1990 devaient suivre ...

Leur sacrifice ne sera pas vain et ils habiteront éternellement la mémoire collective

 

Source:odh-Mauritanie

Mauritanie Exécution des trois officiers condamnés pour complot, Le Monde 8.12.1987

Trois jours après leur condamnation à mort par la Cour de sûreté de l'Etat (le Monde du 5 décembre), trois officiers toucouleurs accusés de complot ont été fusillés, à Nouakchott, le dimanche 6 décembre. Il s'agit des lieutenants Ba Seydi, ancien commandant de la base navale de la capitale, Sarr Amadou et Sy Saidou, anciens officiers d'état-major.

Ces exécutions sont les premières sous le régime du colonel Ould Taya, parvenu au pouvoir par un coup d'Etat, il y a trois ans. Les trois hommes étaient accusés d'avoir préparé leur propre putsch pour proclamer une " République du Walo ", du nom de la vallée du fleuve Sénégal dont ils étaient originaires.

 

Face à la rébellion larvée d'une partie de la population noire qui dénonce la mainmise des Maures, de race blanche, sur le pouvoir, le colonel Ould Taya a donc choisi la fermeté. On ignore si les condamnés avaient sollicité la grâce présidentielle. Ce qui est sûr, c'est que leur mort risque de creuser le fossé entre les deux communautés. Elle place aussi le gouvernement sénégalais dans une situation délicate. Dakar souhaite de bonnes relations avec son voisin mais peut difficilement se désintéresser du sort des Noirs du sud de la Mauritanie qui ont de nombreux liens avec ses propres ressortissants.

 

L'histoire d'une justice à géométrie variable...!!!

Les lieutenants Amadou SAAR, SEYDI BA et Saydou SY exécutés le 6 décembre 1987:

 

Soupçonnés de tentative de coup d'état, ces fils dignes de la Mauritanie avaient été executés par le regime sanguinaire de Ould Taya dont les poids lourds militaro-politiques de l'époque sont en vie et aux affaires pour certains. Ces trois lieutenants avaient subi irréversible dans un pays où prendre le pouvoir par un coup d'état était et est toujours la norme. Dans cette dite tentative de coup, du fait qu'ils soient tous noirs mauritaniens avait été une circonstance aggravante dans un pays où le pouvoir politico-militariste a eu toujours un Maure au sommet. Suivant cette logique, un Noir n'a pas droit de mener un coup d'état mais d'être aux côtés des meneurs toujours des Maures au sein d'un pays Mauritanie ( pays des Maures ) dont l'appellation ne semble pas trahir les réalités politiques forgées injustement. 

 

On se rappelle d'un certain 8 Juin 2003, quand les cavaliers du changement avaient fait trembler Nouakchott pendant plusieurs heures à coups de Chars. Ce coup avorté de justesse contre le régime de Ould Taya, fut mené par certains des "ayant droit" aux coup d'état dans le pays faisant 15 victimes officiellement  ( 9 militaires dont le chef d'état-major Ould diayane et 6 civils). Les auteurs de cette tentative avaient comme cerveau un certain Saleh Ould Hannena qui s'était recyclé dans la vie politique sans aucune difficulté après l'éloignement de Ould Taya par ses amis en Août 2005. 

 

Si SAAR, BA et SY avaient pensé au coup d'état, Ould Hannena et ses amis avaient eux tenté avec mort d'hommes, et la différence pas de moindre dans cette Mauritanie est que les premiers étaient Noirs donc n'ayant pas droit d'être meneurs et que les seconds étaient Maures pouvant rêver au sommet de l'État.

 

 

Source :sumaare-ose.blogspot.fr

Mauritanie: accusés de complot Trois officiers toucouleurs condamnés à mort, le Monde 5.12.1987

La Cour de sûreté de l'Etat a prononcé, jeudi 3 décembre, la peine capitale contre trois des cinquante et une personnes, toutes de race noire, qu'elle jugeait depuis le 18 novembre pour un complot dirigé contre le régime du colonel Maaouya Ould Sid'Ahmed Taya déjoué le 22 octobre. Il s'agit des lieutenants Ba Seydi, commandant la base navale de Nouakchott, Sarr Amadou et Sy Saidon, officiers d'état-major. Ils n'ont pas la possibilité de faire appel, la Cour de sûreté de l'etat étant une juridiction d'exception. Leur sort dépend maintenant du colonel Taya, qui peut exercer son droit de grâce, indique l'agence Reuter.

 

La Cour a également condamné aux travaux forcés à perpétuité dix-huit prévenus, parmi lesquels figurent le capitaine Sy Bocar, directeur adjoint du cabinet militaire du président Taya, le lieutenant Ba Abdoul Khoudos, extradé d'Algérie la semaine dernière, le lieutenant Ali Moctar, commandant d'escadron de la garde présidentielle, Dia Abderrahmane, officier de permanence à l'état-major, Ba Alassane Amadou, contrôleur du Trésor, et l'ex-capitaine Diop Djibril, qui fut directeur de la sûreté nationale. Neuf prévenus ont été condamnés à vingt ans de travaux forcés et cinq autres à dix ans de la même peine.

 

Les juges ont acquitté le colonel Anne Amadou Babaly, ancien ministre de l'intérieur, contre lequel le procureur avait pourtant requis les travaux forcés à perpétuité. Seul officier supérieur impliqué, l'ex-ministre avait nié toute participation au complot mais il avait reconnu avoir été " consulté ".

 

Evoquant le complot, vendredi 27 novembre, dans un message à la nation à l'occasion du vingt-septième anniversaire de l'indépendance du pays, le colonel Taya avait affirmé que " l'objectif des conspirateurs était de renverser le pouvoir en place, de procéder aux liquidations de citoyens innocents et de répandre le désordre dans le pays ".

De source autorisée à Nouakchott on indique que les conjurés, qui appartiennent tous à l'ethnie toucouleur projetaient de proclamer une " République du Walo ", du nom de la vallée du fleuve Sénégal dont ils sont issus.

 

A Dakar, les " Forces de libération africaine de Mauritanie " (FLAM), un mouvement clandestin d'intellectuels noirs, ont condamné, dans un communiqué remis à l'AFP, l'extradition du lieutenant Khoudos par l'Algérie et affirmé que toute condamnation prononcée par les juges mauritaniens constituait " un crime contre la communauté noire ".

 

Verdict du procès des officiers noirs mauritaniens en 1987

Le 28 octobre 1987, Gabriel Cymper devenu entre temps Djibril Ould Abdallahi, ministre mauritanien de l’intérieur annonce qu’un complot visant à renverser le régime a été déjoué dans la nuit du 22 au 23 octobre 1987.Un complot impliquant bizarrement une cinquantaine d’officiers. Ces derniers furent accusés, suivant les articles 83 à 90 du code pénal, d’«atteinte à la sécurité de l’Etat en participant à un complot dont le but est de renverser le régime en place et de porter le massacre et la dévastation dans la population ».

 

Un procès expéditif devant la cour spécial de justice, condamna à mort le 3 décembre 1987, trois lieutenants de l’armée (Sy Saidou Daouda, Bâ Seydi, Sarr Amadou) et à des peines de prison les autres conspirateurs. Les trois officiers condamnés à des peines capitales furent exécutés le 6 décembre 1987.

 

Au regard des peines prononcées par la cour spéciale de justice mais, également, au regard de la nature des faits, la question du caractère équitable de la décision sera posée par quelques observateurs de la scène politique mauritanienne. Par ailleurs, comment interpréter le fait qu’un an après la condamnation des militaires noirs, des militaires maures d’obédience baathiste qui projetaient en juillet 1988 de renverser le régime militaire, et dont les plans furent déjoués, aient écopé de peines de sursis et de légères peines d’emprisonnement au regard des motifs pour lesquels ils avaient été arrêtés et jugés.

 

Décision de la Cour spéciale de justice dans l’affaire des militaires Négro-africains

La Cour spéciale de Justice
 

Chambre De Sûreté De L’Etat
 

Affaire: Audience du 18.11.1987 au 03.12.1987 à J’reida
 

Contre: Anne Amadou Babaly, Sy Bocar, Diop Djibryl, Ly Mamadou Bocar et consorts.
 

Accusation: Atteinte à la sureté de l’Etat.
 

Avocat General : Vu la procédure de crime flagrant suivie contre nommés:
1 - Anne Amadou Babaly, colonel né en 1934 à Ogo de Babaly Kadi et de Oumou Ciré Ly. Détenu suivant mandat de dépôt du 8.11.1987 comparant et assisté à l’audience de ses conseils constitués Maitre Brahim Salem et Diagana Mamadou.
2 - Sy Bocar, capitaine né en 1 948 à Thialgou, fils d’Oumar Bocar et d’Aissata Sileye. Détenu suivant mandat de dépôt du 8.11.1987, comparant et assisté de son conseil constitué Maitre Yacoub Diallo.
3 - Diop Djibryl Amadou, ex-capitaine, né en 1953 à Aeré, de Mamadou Boubou et de Diary Bâ. Détenu suivant mandat de dépôt du 8.11.1987, comparant et assisté de son conseil constitué Maitre Yacoub Diallo.
4 - Ly Mamadou Bocar, ex-commissaire de police né en 1942 à Loboudou de Aboubekrine Ly et d’Aminata Dembélé. Détenu suivant mandat de dépôt du 8.11.1987, comparant et assisté de ses conseils constitués Maitres Diabira Maroufa, Moctar Ould Ely, et Ball Ahmadou Tidjane.
5 - Sarr Amadou, lieutenant, né en 1955 à Rufisque (République du Sénégal) de Samba Sarr et de
Dimo Niang. Détenu suivant mandat de dépôt du 8.11.1987, comparant et assisté de son conseil constitué Maitre Mahfoud Ould Bettah.
6 - Bâ Seydi, lieutenant, né en 1959 à Walaldé de Amadou Baba Bâ et de Marieme Mamadou Dieng. Détenu suivant mandat de dépôt du 8.11.1987, comparant et assisté de ses conseils constitués Maitres Kamara Aly, Mohamed Chein et Diagana Mamadou.
7 - N’Gaindé Aliou Moctar, lieutenant, né en 1955 à Boghé de Moctar Adama et de Fatimata Mamadou. Détenu suivant mandat de dépôt du 8.11.1987, comparant et assisté de son conseil constitué Maitre Diagana Mamadou.
8 - Sy Saidou Daouda, lieutenant, né en 1952 à Aeré M’baré de Daouda Fadere et de Houley Korka. Détenu suivant mandat de dépôt du 8.11.1987, comparant et assisté de son conseil constitué Maitre Diabira Maroufa.
9 - Kane Mamadou, lieutenant, né en 1961 à Tékane de El Housseynou Kane et de Dieynaba Kane.Détenu suivant mandat de dépôt du 8.11.1987, comparant et assisté de son conseil constitué Diagana Mamadou.


Décision: Attendu qu’il échoit d’ordonner la confiscation générale au profit de la nation des biens des
condamnés conformément à l’article 21 alinéa 3 de l’ordonnance 85 118 du 28.05.1985.

 

Par ces motifs
Statuant publiquement, contradictoirement en matière criminelle en premier et dernier ressort déclare coupables de crime d’atteinte à la sureté de l’Etat: Lieutenant Bâ Seydi, Lieutenant Sarr Amadou, Lieutenant Sy Saidou Daouda, sur la base de l’article 88 du code pénal,
les condamne à la peine de mort.


Déclare coupables du crime d’atteinte à la sûreté de l’Etat:capitaine Sy Bocar, lieutenant Bâ Abdoul Khoudouss, lieutenant N’Gaindé Aliou Moctar, lieutenant Kane Mamadou, lieutenant Dia Abderrahmane, lieutenant Diop Moussa Elimane, lieutenant Yonghane Djibryl, lieutenant Boye Alassane Harouna, Adjudant chef Diop Sileye, adjudant chef Alassane Oumar Bâ, adjudant chef Gueye Papa, adjudant-chef Thiam Djiby, adjudant Diop Abdoulaye, adjudant Baba Sy, adjudant Bâ Alassane Amadou et lieutenant Diacko Abdoul Kerim, sur la base de l’article 83 du code pénal : Les condamne aux travaux forcés à perpétuité.


Déclare coupables du crime d’atteinte à la sûreté de l’Etat: sergent chef Tall Yero, sergent chef Sy Mamadou Alassane, lieutenant colonel Mamadou Habi Bâ, sergent Sow Amadou Sadio, lieutenant N’Gaindé Mamadou Sadio, brigadier Djiby Ali Mayel Sy:Les condamne à 20 ans de travaux forcés sur la base de l’article 84 alinéa 2 du code pénal.
Déclare coupables du crime d’atteinte à la sûreté de l’Etat: Adjudant Barro Moussa Gomel, adjudant Sy Hamady Racine, sergent chef Djiby Doua, brigadier Kane Ibrahima Amadou, commissaire Ly Mamadou Bocar
:
Les condamne à 10 ans d’emprisonnement et une amende de 300.000 UM sur la base de l’article 84 alinéa 2 du code pénal.


Déclare coupables du délit de non dénonciation de crime d’atteinte à la sûreté de l’Etat: lieutenant Baye N’diaye Fall, lieutenant Kane Harouna, adjudant Thiaw Mamadou: Les condamne à 5 ans d’emprisonnement et une amende de 300.000 UM sur la base de l’article 97 alinéa 1 du code pénal et les fait bénéficier du sursis sur la base de l’article 301 du code pénal.


Déclare coupables de non dénonciation de crime d’atteinte à la sûreté de l’Etat: lieutenant Niang Amadou Ousmane, lieutenant Bâ Boubacar, lieutenant Wone Abdoulaye, lieutenant Thiam Moctar, adjudant Niang Mamadou Alassane, adjudant Sow Moussa Bilaly: Les condamne à 5 ans d’emprisonnement et une amende de 300.000 UM sur la base de l’article 97 alinéa 1 du code pénal et les fait bénéficier du sursis sur la base de l’article 301 du code pénal.


Déclare non coupables du crime d’atteinte à la sûreté de l’Etat: Colonel Anne Amadou Babaly, lieutenant Kane Amadou, adjudant chef Wone Abdoulaye, adjudant chef Kamara Daouda, adjudant Cheikh Ahmed Tidjane, adjudant Kane Djiby, adjudant chef en retraite Ba Alassane Racine: Les acquitte sur la base de l’article 302 du code de procédure pénal.
Ordonne la confiscation générale des biens des condamnés au profit de la nation conformément aux dispositions de l’article 21 alinéa 3 de l’ordonnance 85 118 du 28 mai 1985, portant réorganisation de la cour spéciale de justice.


Les condamne solidairement aux frais et dépens.
Dit qu’ils seront contraints par corps conformément à la loi.
Ordonne l’exécution du présent arrêt à la diligence de l’Avocat Général.
Le tout en application des articles susvisés et ensemble, les articles 635 et suivant s du code de procédure pénal.


Ainsi fait jugé et prononcé publiquement par la chambre de sûreté de l’Etat de la cour spéciale de justice à Jreida en audience du 3.12.87 à laquelle ont siégé:


Colonel Cheikh Ould Boïde: président
Capitaine Baby Housseynou: Assesseur
El Arby Ould Mohamed Mahmoud: Assesseur.
En présence du capitaine Ahmed Ould Bekrine: Avocat Général
Et avec l’assistance de Oumar Touré : Greffier.
En foi de quoi, le présent arrêt a été signé par monsieur le président et le greffier

 

Source : thèse de Sidi N’Diaye « Le passé violent et la politique du repentir en Mauritanie: 1989-2012 »
 

Témoignages: Lieutenant Abderahmane Demba DIALLO, un Rescapé du camp de zereïda 1990-1991

A ZEREÏDA nous étions plus de 800 détenus tout grade confondu. Pour la rigueur de l’enquête, les officiers faisaient quartier à part. Ils étaient répartis dans plusieurs cellules éparpillées dans la base. Quant aux sous-officiers et soldats, ils croupissaient dans la misère enfermés dans 4 salles transformées en forteresse.

 

Tous vivaient dans un milieu de souffrance et de douleur ; mais aussi de rages désespérées avec l’incurable tristesse d’une âme domestiquée. La force et la bassesse, élément puissant et déterminant du régime de TAYA voulant à tout prix nous persécuter, avait réussi à nous transformer en esclaves nus, imprégnés d’odeurs nauséabondes. Chaque coucher du soleil laissait planer sur nous la tragédie de l’être humain.

 

Quand la nuit indésirable finissait par vaincre le jour, Quand l’ombre croît et la lumière fuit, Quand tout s’efface et meurt sous la rigueur de Dieu, Les escadrons de la mort, aveugles et insaisissables s’abattaient sur nous sans défense Aucune. Nous étions victime de notre race, facteur fort et dominant aux temps barbares qui est la vraie raison de notre extermination.

 

Nous sortions par vagues de vingt, trente, dés fois plus, victimes de la terreur et de la haine de cet ennemi qui dévore la vie. Le site central était notre abattoir, nous en étions très conscients et pourtant ils nous y menaient la corde au cou. Nous devions tous répondre à des accusations grotesques et exagérées : Il fallait les accepter toutes pour sauver sa vie, ou les réfuter toutes pour se faire accepter par la mort. C’étaient un poignant dilemme dans lequel, il fallait un grand effort pour ressaisir son intelligence et surtout surpasser son imagination pour mieux comprendre.

 

Que faut-il faire ? Faut-il s’accuser ? Ou faut-il récuser ?
L’un capitule, dans l’immense désespoir d’une culpabilité imposée mais non établit L’autre, par le sens élevé des lois de la raison et du devoir se laisse entraîner dans les gouffres où triomphent les sévices. Plus la nuit avançait, plus le Sit se transformait en un lac de sang, sous un grand tas de cadavres.

Nul sanglot, nul soupir n’ont altéré leur geste cruel et barbare.
Ils doivent impitoyablement exécuter les ordres de leur chef suprême :
Un démon qui puise son plaisir dans la souffrance des autres.
Tous ces tueurs sélectionnés, excellaient dans la torture :
L’extrême violence de la barbarie humaine, domaine de cruauté dans lequel ZEREÏDA rivalisait avec INAL.

 

C’était la mise à la mort dans des ateliers avec leurs bancs d’essais funestes où régnait le mal absolu. Ils étaient perfectionnés par des êtres aux âmes sales et sans vertus, dont le mental est détraqué par l’obscurantisme d’une propagande véhémente, entretenue et fortifiée par un pouvoir raciste et inhumain.

 

Par leur folie meurtrière, ils inventèrent les puits de l’enfer : le naar-jahannama. C’étaient des brasiers, des oasis d’horreur dans lesquels cet essaim d’ennemis faisait plonger certains parmis nous jusque dans les sombres abîmes de l’incandescence.

Ainsi, chaque nuit des torches vivantes se consumaient, se réduisaient puis se transformaient en une boule noirâtre avant de disparaître dans les ténèbres de l’oubli. Cependant nous, nous ne pourrons jamais oublier. Dès fois, la révolte s’emparait de leur cœur meurtri, et certains « esclaves » se défendaient héroïquement face aux tortionnaires. Pour leurs actes osés, ils seront identifiés, puis enfermés dans des cellules isolées avant d’être confronté de nouveau à une mort certaine.


Mais qu’importe la voie par laquelle ils vont hélas quitter la vie, ils ont appris de par leur métier à faire face à l’ennemie de tout bord. Ils se défendront bec et ongle pour briser les chaînes de la captivité. Cependant, sans le savoir des commandos fusiliers marins, masqués de turbans pour ne pas être reconnus, les attendaient la nuit venue au fameux Sit du corps à corps.

C’était aussi un autre atelier conçu pour éliminer tout ce qu’il y a de plus beau sur cette terre : Une vie ! Oui une âme innocente.

Ce combat était irrégulier à armes jamais égalées. Nos hommes n’avaient que leurs mains nues et leur courage intarissable pour se défendre. Quant aux tueurs, ils étaient armés de fusils : Leurs baïonnettes tranchantes et pointues, comme les aiguilles d’une machine à coudre, passèrent et repassèrent dans ses corps laciniés et troués jusqu’aux entrailles.

Pourtant, nos valeureux hommes ont serré dans leur cœur et gardé dans leur esprit l’attachement à la vie. Mais hélas ! les bourreaux étaient plus nombreux et mieux armés. Assoiffés de sang ces vampires voulaient savourer leurs hideuses délices jusqu’au bruit du fer percutant la chair. Mon Dieu ! Ils étaient féroces comme des corbeaux affamés qui voulaient désosser à coup de bec leurs proies.

 

Rien ne pouvait arrêter leurs gestes fous et sanguinaires. Avec leurs poignards destructeurs, les uns plus ahurissants que les autres, ils percèrent, repercèrent et transpercèrent Ces corps comme des piocheurs qui fouillent un champs. Ni les cris de détresse, ni les hurlements épouvantables n’ont suffit à repousser ces assaillants acharnés. Ainsi, les hoquets de l’agonie dans des menteurs morbides d’une nuit ténébreuse et macabre se perdirent à jamais.

Les âmes s’envolèrent, et les éventrés de ces militaires tués depuis les premiers assauts, intestins et organes entrelacés, sexes coupés et plantés dans leurs bouches ensanglantées, attendaient sur le sol souillé les ramasseurs de cadavres.


Par ce dernier geste inutile et débile, ils venaient de déposer leur marque d’horreur sur chaque homme qu’ils avaient assassiné. Ainsi, la mort éteignit tout en eux, jusqu’à ce courage par lequel ils l’ont héroïquement Affrontée. Ils seront tous jetés dans un charnier immonde, les uns sur les autres, et n’auront droit Ni à un linceul, ni une prière funèbre.

 

Quand la nuit, seule complice meurtrière des crimes de la soldatesque de TAYA se fait dissiper par les lueurs d’une aurore frileuse, ces monstres répugnants retournèrent à leur cantonnement tout en nous disant clairement, qu’une nuit succède toujours à une autre. Nos destins ténébreux étaient hélas entre les mains de nos cruels ennemis que rien ne déconcerte et que rien n’attendrit, même pas le lahilaha illalah de quelqu’un qui rend son âme A Dieu.

Certes, les atrocités que nous avions vécues à ZEREÏDA furent effroyables. Nul ne saurait les décrire dans leur totalité, car nul n’aurait également trouvé les termes de comparaisons. Ainsi on avait tout perdu : notre honneur militaire, notre dignité humaine même nos noms de personne. Cependant nos cœurs soumis avaient toujours résisté à la résignation.

 

Lieutenant Abderahmane Demba DIALLO

Le Monde 21 novembre 1987, Mauritanie Procès de cinquante et un responsables toucouleurs

Le procès des cinquante et une personnes impliquées dans la tentative manquée de coup d’état du 22 octobre, en Mauritanie, a lieu à huis clos à Jreida, base militaire situee a 30 kilometres au nord-ouest de Nouakchott, devant une juridiction d’exception, la cour spéciale de justice. Ce procès, ouvert  mercredi publiquement, se poursuivra en présence de représentants de la Ligue des droits de l’homme, mais ni le public ni la presse ne seront admis aux audiences.Les inculpés, militaires pour la plupart, appartiennent tous à l’une des principales ethnies négro-africaine de Mauritanie, celle des toucouleurs. Ils sont officiellement accuses de “ tentatives   de renversement  du regime et de planification de massacres et d’arrestations de population civiles”.A Dakar, les Forces de libération africaines de Mauritanie (FLAM), mouvement clandestin regroupant des intellectuels noirs dénoncent « le caractère raciste de la justice beidane (maure) » et estime que, quel que soit le verdict du procès de Jreida, “le problème de coexistence entre arabo-berberes et négro-africains demeurera entier” (AFP)

MAURITANIE: Les autorités annoncent la découverte d'un complot LE MONDE |30.10.1987

Nouakchott. _ Un complot visant à renverser le gouvernement et impliquant des militaires proches du chef de l'Etat a été déjoué le 22 octobre dernier en Mauritanie, a-t-on annoncé, mercredi 28 octobre, à Nouakchott.

 

Un communiqué du ministère de l'intérieur cite parmi les instigateurs trois hommes proches de l'entourage du président mauritanien, le colonel Maaouya Ould Sid'Ahmed Taya : l'adjoint du chef de cabinet militaire, le chef d'escadron de la garde présidentielle et l'officier de permanence de l'état-major national.

 

Cette " tentative de renversement du pouvoir " est " un crime contre la collectivité nationale tout entière ", car elle " aurait inéluctablement coûté très cher en vies humaines si elle n'avait été déjouée avant le début de son exécution ", indique le communiqué.

 

Selon des sources dignes de foi à Dakar, une vingtaine d'arrestations auraient été opérées au sein de la communauté négro-africaine, parmi des cadres militaires et civils, après la découverte de ce complot.

Selon les mêmes sources, la frontière terrestre entre la Mauritanie et le Sénégal est fermée depuis lundi à l'initiative des autorités sénégalaises. Celles-ci craignent l'extension sur leur territoire d'une épidémie de fièvre jaune qui s'est déclarée dans le sud mauritanien. A la suite de cette mesure, les autorités mauritaniennes ont fermé à leur tour leur frontière terrestre, où elles ont mis en place un dispositif militaire important, indique-t-on à Dakar.

 

L'an dernier, la Mauritanie avait connu une vive agitation de la communauté négro-africaine. Cette agitation (incendie de voitures officielles et mise à sac de bâtiments publics et privés à Nouakchott et à Nouadhibou) avait conduit à l'arrestation de nombreux cadres et militants d'organisations clandestines noires. Ceux-ci avaient été condamnés à des peines allant de six mois à cinq ans de prison pour " atteinte à l'unité nationale ".

 

Le colonel Ould Taya, dans une interview à l'AFP, a estimé que l'agitation négro-africaine était menée par des mouvements basés à l'extérieur du pays, mais ne bénéficiant pas pour autant du soutien des gouvernements de pays d'Afrique noire. _ (AFP.)

MAURITANIE Tensions entre les communautés maure et noire LE MONDE 31.10.1987

Une cinquantaine d'arrestations ont été opérées en Mauritanie après la découverte d'un complot la semaine dernière (le Monde du 30 octobre), indique l'AFP, citant des sources autorisées à Nouakchott. Un mouvement clandestin, les "Forces de libération africaines de Mauritanie", affirme pour sa part, dans un communiqué diffusé à Dakar, que deux cents officiers et sous-officiers, le plus souvent d'ethnies noires, ont été incarcérés. Ces événements illustrent une fois de plus les difficultés de la cohabitation entre les Baydanes (Maures arabo-berbères) et les "Négro-Africains" en Mauritanie.

 

La question raciale est un sujet tabou au pays des "Maures". Selon les estimations officielles, la communauté noire représente le quart d'une population totale de deux millions d'habitants. Ces chiffres sont contestés. Autrefois minoritaires, les Africains noirs _ essentiellement soninkés et toucouleurs _ ont un taux de fécondité bien plus élevé que les Baydanes, qui occupent les postes-clefs de l'économie et de la haute administration. Au contentieux traditionnel sur le partage du pouvoir politique s'ajoute la colère devant l'afflux des Baydanes vers les terres du Sud, naguère cultivées par les Noirs, à cause des ravages de la sécheresse dans le reste du pays et parce que la réalisation de projets de mise en valeur de la vallée du fleuve Sénégal rendra cette région plus attrayante.

 

Parmi les personnalités arrêteés ces derniers jours, il y a le colonel Anne Amadou Babaly _ un Toucouleur _ directeur de la Société mauritanienne d'assurances et ancien ministre de l'intérieur. Membre du Comité militaire de salut national, familier des cabinets ministériels depuis 1978, il était un peu la caution négro-africaine des régimes successifs. Mais il fut accusé d'avoir joué un rôle ambigu lors de troubles ethniques en octobre 1986, à Nouadhibou et à Nouakchott. Des tracts distribués à cette époque dénonçaient " l'apartheid en Mauritanie " et réclamaient un enseignement des langues africaines dans les écoles, à la place de l'arabe. Un mois plus tôt, une quarantaine d'intellectuels d'origine négro-africaine avaient été arrêtés pour " activités subversives ".

 

Selon les autorités, les comploteurs appréhendés la semaine dernière étaient décidés à " liquider physiquement " les dignitaires du régime. On peut se demander s'ils se sentaient assez forts pour songer à instaurer un pouvoir noir ou s'ils avaient des complices parmi ceux des Maures qui sont sensibles à leurs revendications.

 

L'actuel chef d'Etat, le colonel Maaouya Ould Taya, est un homme plutôt mesuré et conscient des menaces que le mécontentement des Noirs fait peser sur le pays. Parmi les Baydanes, nombreux sont cependant les comportements arrogants qui attisent les haines dans un pays où certaines formes d'esclavage ne sont pas totalement abolies.

 

Pour le moment, le colonel Ould Taya a réussi à éviter une épreuve de force avec le Sénégal, où les " agitateurs " disposent évidemment de complicités naturelles, tant il est facile de passer le fleuve. Depuis lundi, l'armée mauritanienne boucle la frontière au sud. De leur côté, les Sénégalais ont établi un " cordon sanitaire " en raison d'une épidémie de fièvre jaune chez leur voisin, un des pays les plus pauvres du monde. Mais les coups d'Etat en série en Mauritanie montrent que la pauvreté n'a jamais découragé les appétits de pouvoir, au contraire.

Les Noirs mauritaniens sont en deuil depuis le 6 décembre 1987 par Ousmane Abdoul Sarr

J'ai lu attentivement les sorties récentes du colonel Oumar ould Beibacar. Je veux attirer l'attention des ayant droits des victimes et des militants sincères sur le manque d'honnêteté et de cohérence, de celui qui a attendu sa retraite pour vouloir réécrire son histoire.

 

Depuis plus de 25 ans, à chaque 28 novembre nous avons crié sur toutes les places du monde notre tristesse, notre deuil. De New-York à Nouakchott, en passant par Paris, Bruxelles, Montréal, Dakar, Bamako, Strasbourg, Cincinnati et j'en passe. Wolofs, Soninkés, Haalpular, n'ont pas manqué un seul instant de se souvenir du génocide que nous avons vécu en Mauritanie du 6 décembre 1987 à novembre 1990. Nous n'avons pas attendu les amalgames et contre-vérités du geôlier en chef de Oualata, pour se souvenir de nos martyrs.

 

Les morts de la guerre du Sahara étaient des soldats valeureux qui s'incorporaient dans l'armée sans carte d'identité, sans certificat de nationalité, sans recensement, venus répondre à l'appel du devoir de défendre leur pays engagé dans une guerre que je crois injuste. Nos martyrs assassinés froidement à Inal, Oualata, Azlat, Nbeyka, Jreida et autres bases militaires, dans les rues de Nouakchott et dans la vallée du fleuve Sénégal, ont été assassinés par leurs propres frères d'armes parce qu’ils étaient haalpulars, wolofs ou Soninkés.

 

Vouloir ensevelir les martyrs de Walata ou d'Inal avec les morts de la guerre du Sahara, comparer le courage de Ba Seydi à la lâcheté de Saddam Hussein qui a gazé sa propre population c'est ignoble. Oumar ould Beibacar n'a pas encore compris le sens de notre combat. Il peut chercher à émouvoir certains, semer le doute chez d'autres mais il ne pourra jamais nous faire oublier qu'il a été l'un des principaux responsables des assassinats de nos martyrs à Oualata.

 

Je ne m'attarderai pas ici sur la signification du 28 novembre qui reste le symbole du racisme, de la barbarie et de la négation du noir africain mauritanien depuis cette nuit sinistre de 1990.

 

Concernant la tentative avortée de coup d'état du 22 octobre 1987, relatée par Oumar ould Beibacar, deux informations ont particulièrement attiré mon attention: celle relative au peloton d’exécution et l'entretien en tête à tête entre les colonels Mawouya ould Sidi Ahmed Taya, Anne Amadou Babaly, et Djibril ould Abdallahi.

 

Concernant le peloton d'exécution, je pense qu’Oumar Ould Beibacar pouvait être lui-même le tireur assassin qui fit feu sur Ba Seydi ou SARR Amadou ou SY Saidou. Ou était-il simplement présent à la mise à mort de nos premiers martyrs? L'un ou l'autre cas pouvant expliquer ses remords bien tardifs.

 

«Tu m’as blessé, lève le tir, vise très bien», ces paroles que l'ex geôlier et agent du système génocidaire attribue au lieutenant BA Seydi, tous nos trois martyrs avaient le courage de les prononcer devant un peloton d'exécution. J'ai côtoyé les trois martyrs dans des circonstances particulières, ils transpiraient de courage et de dignité. Ils avaient comme la plupart des accusés un engagement sincère pour la justice et l'égalité entre toutes les composantes de la Mauritanie.

 

A propos de la réunion entre les colonels Anne Amadou Babaly, Mawouya ould Sidi Ahmed Taya, et Djibril ould Abdallahi, seul le beau frère de Cimper et agent de premier plan du système raciste pouvait avoir accès aux propos tenus par ces trois officiers supérieurs dans un bureau. Qui peut croire un seul instant que le colonel Anne ou même le criminel Taya puisse divulguer les paroles que nous a rapportées Oumar Ould Beibacar dans un de ses écrits.

 

Quant à la motivation des «instigateurs du coup d'état du 22 octobre 1987», Oumar ould Beibacar ridiculise et méprise nos braves officiers en disant qu'«ils avaient agi par orgueil, plus pour défendre leur dignité que pour autre chose». Sur cette affirmation gratuite et savamment distillée, ceux qui prétendent avoir été les amis de nos martyrs devraient réagir devant la malhonnêteté et le mensonge. Le silence est une preuve de lâcheté.

 

Concernant la conception de cette tentative de coup d'état, en dehors de ce que j'ai dit plus haut, l'ex geôlier de Oualata ne nous donne rien d'autre que la version fausse, tronquée, manipulée à bon escient par les services de renseignement de Taya dont il fut un membre actif et important.

 

Je ne vais pas épiloguer encore sur ce qu'a été le bagne de Oualata que le colonel Oumar Ould Beibacar qualifie de "promenade de santé" sans que personne ne s'en offusque. Bizarre, sur la toile, ce sont des rescapés qui relayent ces propos inhumains pour un "humaniste". Mais, je voudrais surtout profiter de ma réaction d'aujourd'hui pour répondre à certaines interpellations que j'ai lues sur cridem ou avomm.com il y'a quelques semaines.

 

Je ne retire rien de ce que je disais du lieutenant Oumar ould Beibacar qui, en mission commandée, a dans sa conscience la mort dans des conditions atroces de 3 de nos martyrs à Oualata. D’ailleurs les familles de Téne Youssouf Guéye, de Djigo Tafsirou, de Ba Abdoul Ghoudous, mort enchaîné sous le commandement de Oumar Ould Beibacar, devraient lui demander des comptes au même titre, qu’elles devraient exiger des comptes aux criminels Taya, Cimper, Ghaly, Dahi, Ould Boubaly, Moustapha, Abdallahi ou à l'infirmier de garnison Cheikh qui est allé jusqu'à faire boire à certains détenus des comprimés de permanganate (un désinfectant) en disant que c'était de la vitamine qui allait booster nos corps fatigués, épuisés et rabougris par les travaux forcés, la malnutrition et les maladies d'un autre âge.

 

Quelqu'un a dit dans un commentaire que j'étais raciste. Un autre semblait vouloir me signifier, comme si je l'ignorais, que des patriotes qui partageaient nos souffrances il y a en eu quelques uns entre 1987 et 1991. Un autre encore m'a accusé de rouler pour le président Aziz.

 

D'autres anonymes appréciaient positivement ma réaction, la comprenaient ou la partageaient.... Aucune de ces réactions ne m'a laissé indifférent, je les ai toutes lues. Mêmes celles rendant hommage à Oumar Ould Beibacar, Taya, Cimper, ce n'est pas surprenant, ils sont tous dans le même camp, et ce n'est pas une question d’ethnie. Je ne m'en prendrais pas à ces innocents qui, de bonne foi, se sont laissés obnubiler par les mots d'un ex geôlier qui cherche et réussit parfois à les émouvoir. Je retiens cependant la naïveté enfantine de certains de mes compagnons d'infortune.

 

Je ne suis pas dans le camp des criminels tel qu’Oumar ould Beibacar pour mériter certains commentaires. Les bourreaux étaient, ceux qui avaient assassiné les martyrs de Oualata, pendu les 28 martyrs le 28 novembre 1990 à Inal pour fêter l'anniversaire de l'indépendance de la Mauritanie et broyé des non arabophones dans les rues de Nouakchott. Ils sont bien connus et ils sont les mêmes.

 

Je suis une victime du racisme d'état du système génocidaire que notre peuple noir africain mauritanien subit encore aujourd’hui. N'intervertissons pas les rôles et pas d'amalgame. En 1987, il paraît que l'imam Boudha Ould Boussari s'était prononcé contre le régime du sanguinaire Taya en dénonçant l'assassinat des officiers SARR Amadou, BA Seydi et SY Saidou. Il a été alors l'une des très rares personnalités d'envergure nationale à l'avoir fait à l'époque. Il avait fait honneur à sa stature d'homme de grand Imam. Dommage qu'il n'avait pas eu à l'instar de mon ami et conseiller pour les Droits de l'Homme à l'AVOMM, feu Mohamed Dogui, le soutien de ses parents dans son combat pour la justice et l'égalité.

 

Je parlais de l'implication du lieutenant Oumar ould Beibacar, le régisseur en chef du bagne de Oualata dans l'assassinat de nos martyrs, quand d'autres, je ne sais par quelle gymnastique intellectuelle, essayaient de me présenter comme un agent du président Aziz. Je veux dire ici que je ne suis pas le soutien du continuateur du système raciste de Taya et je ne l'ai jamais été.

 

Je ne suis pas l'agent de Aziz, l'inventeur du « génocide biométrique", l’élève qui aura, tout en finesse dans l'exclusion des noirs, dépassé son maître. Et pourtant, je me répète, il m'avait paru sincère lors de nos audiences et juste dans son diagnostic de la situation dramatique dans laquelle, Mawouya et ses collaborateurs avaient plongé le pays et les noirs africains mauritaniens.

 

Je ne peux pas être le soutien du président Aziz qui n'a pas honoré les engagements qu'il avait pris devant les veuves, les associations de victimes et nous mêmes. Je ne suis pas le soutien d’Aziz qui continue de nier, dans les faits, les droits de milliers d'ex-déportés mauritaniens rapatriés du Sénégal dont il refuse jusqu'aux papiers d'état civil. Enfin je ne peux pas me résigner au refus du président Mohamed ould Abdel Aziz de répondre favorablement à la demande du procureur fédérale de Belgique d'envoyer une mission rogatoire en Mauritanie, pour les besoins de la plainte de l'AVOMM déposée depuis 2002 au parquet de Bruxelles.

 

Nous devons refuser d'être manipulé. Oumar ould Beibacar figure dans notre longue liste des assassins et tortionnaires, au moins témoignera t-il devant la justice ? Et c'est là qu'il devrait livrer « ses infos macabres». Il a poussé son cynisme jusqu'à aller s'agenouiller sur les tombes de ceux qu'il a assassinés.

 

Le lieutenant Oumar ould Beibacar a certainement un calendrier politique bien établi qu'il ne tardera pas à nous dévoiler, car il est désormais de coutume que les officiers mauritaniens tortionnaires à la retraite se recyclent dans des partis à la quête d'une nouvelle carrière politique.

 

Le génocide des noirs africains mauritaniens est récent, cependant il reste à élucider et à écrire. Certains de nos camarades ne mesurent peut-être pas l'ampleur et la gravité des forfaits commis par Taya et son système raciste au nom du panarabisme en Mauritanie. Ceci pouvant expliquer, peut être, cela.

 

Ousmane Abdoul Sarr
Rescapé de Oualata
      

23 November, 2015 - 18:09

Flam.

Suivre les Flam sur

Adherer