D’un Système beïdane à une Histoire beïdane : par Cheikh M. N’DIAYE, chercheur et militant mauritanien

 

Des choix injustes, qui divisent et qui fâchent 

 

Les propositions issues du "dialogue national inclusif" relatives au drapeau et à l’hymne national, ont fait naître en moi un sentiment d’humiliation et de colère. Et je ne suis pas le seul ! 

Ma frustration et mon dépit sont d’autant plus forts que les traditionnels porte-voix de notre communauté étaient partie prenante dans cette mascarade. Ainsi, l’image d’un Samba Thiam, président des FPC, côte à côte avec Hamady Soma Bâ, Ould Maham, Othman Ould Cheikh, Saad Ould Louleid et leur cohorte d’opportunistes de mauvaise foi, me blesse et me dégoute.

 

Comment un homme qui a incarné la lutte contre les inégalités et mené un combat juste pour recouvrer les droits de plusieurs communautés nationales peut-il se renier si facilement ?

 

Comment un homme qui a tant donné pour les siens peut-il se complaire dans un silence complice, qui cautionne et institutionnalise l’exclusion et l’oubli de franges entières de notre pays et nous décevoir, nous qui avions toujours cru en lui ?

 

Comment, enfin, ce grand intellectuel peut-il accepter d’être mêlé à cette aventure de déformation honteuse des vérités historiques, de falsification grotesque des symboles de la République ? Notre mémoire est-elle si courte ?

 

Les changements du drapeau et de l’hymne national tels que proposés divisent beaucoup plus qu’ils n’unissent. Ils ne reflètent pas notre diversité culturelle et ethnique. 

 

L’ajout de deux traits rouges sur le drapeau national, en commémoration des opérations de brigandage et de trafic d’esclaves qui s’organisaient à ciel ouvert au nord du pays, avant et durant la colonisation, loin d’honorer la mémoire collective nationale dans son ensemble, ne fera que raviver la haine et la fracture entre nous, avec comme corollaire, l’ouverture d’une plaie béante qui ne se cicatrisera peut-être jamais et qui pourrait venir à bout de l’existence même de l’Etat mauritanien.

 

Attention, DANGER !

 

"Résistance", vous avez dit "Résistance" ?

 

Le drapeau entaché de rouge dont il est question aujourd’hui serait proposé pour, dit-on, commémorer les vaillants résistants contre l’occupation française. Dès lors, l’on est en droit de se poser certaines questions légitimes sur le mobile invoqué : y a-t-il eu vraiment résistance avec toute sa portée et sa signification ? De quelle "résistance" s’agit-il réellement ? Qui célèbre-t-on en fait ?

 

Qu’on se le dise tout de suite : Cessons de nous moquer des gens !

L’Histoire que les Beïdanes veulent maintenant nous faire avaler, Monsieur Samba Thiam, est beaucoup plus injuste et dangereuse que le système beïdane lui-même ! 

 

Je pense que la raison profonde et inavouée de votre invitation au dialogue est de vous amener à cautionner la nouvelle version de l’Histoire de la "résistance" empreinte du sceau des gens du nord. Vous, qui revendiquiez la sécession, devez être neutralisé pour que ceux qui planifient l’exclusion définitive de notre communauté, aient les mains libres. 

 

J’ai récemment lu votre "regard post-dialogue" où vous reconnaissez que ses conclusions ont occulté la plupart des questions-clés concernant notre cause. Visiblement vous avez pris position vis-à-vis du référendum. C’est une avancée, mais qui reste insuffisante eu égard au processus continu d’exclusion systématique de notre communauté.

C’est pourquoi, cher frère, je vous propose ci-après, à vous, à Aziz et à tous ceux qui pourraient être tentés d’oublier, un bref rappel de certains des faits marquants de la période coloniale, avec quelques petits extraits d’un travail académique inachevé sur "Les conflits armés dans le Sahel et le Sahara de l’ouest de 1830 à 1960".

 

Résistance nationale et résistance nordique 

 

Le colon français a pénétré chez nous à travers le fleuve Sénégal et a rencontré spontanément une résistance menée par des imams et émirs tels que le sultan Cheikh Omar FoutiyouTall, les Almamy : Abdoul Bocar Kane, Samoury Touré, les Emirs Mohamed Habib, Bakar Ould Soueid Ahmed et d’autres. 

 

Ayant eu le dessus sur ces premiers vrais résistants, les français entamèrent la seconde phase qu’ils appellent la pacification. Pour ce faire, ils ont pu rallier à leur cause des jurisconsultes locaux qui ont émis des fatwas en ce sens. D’autres fatwas que je qualifierais de makhzéniennes  avaient pour but de faire pression sur la France en embarquant les tribus du Nord.

 

Docteur Sidi N’Diaye disait : "En clair, pour les Français, si Cheikh Sidia Baba et Cheikh Saad Bouh collaborèrent pour préserver leurs intérêts, Ma el Aïnin lui, était entré en résistance pour se mettre à l’abri de la domination coloniale qui était pour lui synonyme de la perte des privilèges rattachés à son statut de chef religieux respecté et vénéré que son éloignement des espaces de compromission renforçait davantage". [Sidi N’Diaye, Le passé violent et la politique du repentir en Mauritanie 1989-2012. P 102]

Cette résistance s’est donc caractérisée par une lutte d’influence de confréries religieuses, à laquelle notre communauté est tout à fait étrangère, ce que résume fort pertinemment l’académicienne Désiré-Vuillemin : "Cachée par le jeu de la politique et de la diplomatie européennes, une terrible lutte d'influence spirituelle qui se déroule entre deux Chioukh rivaux : Cheikh Sidia, allié aux Français,  Ma el Aïnin, étant par principe l’allié de leurs adversaires : allemands, espagnols, habitants du Bled es Siba, lorsque le Bled el Makhzen et le Sultan auront officiellement accepté la protection française" [Désiré-Vuillemin, Contribution à l'histoire de la Mauritanie de 1900 à 1934, éd. Clairafrique, 1962. P 126]

 

Il n’est pas question de nier l’existence et les qualités de personnalités de bonne foi, agissant pour la défense de leur patrie et de leur foi, ou pour se venger d’officiers, d’administrateurs coloniaux ou de quelques goumiers ou tirailleurs zélés. Toutefois, les vecteurs centraux de cette résistance nordique n’ont été que le pillage et le jeu de la politique internationale.

 

L’éminent anthropologue Pierre Bonte, quant à lui, écrit : "Au Sahara, cette résistance se conjugue avec de véritables entreprises, souvent organisées sur le modèle des entreprises commerciales, de pillage des biens, troupeaux et esclaves en particulier qui, s'ils visent parfois en priorité les groupes méharistes français, y cherchent avant tout leur remonte en armes et en montures. Ces ghazw s'organisent autour de chefs plus ou moins éphémères, audacieux et aguerris, qui rassemblent autour d'eux des guerriers d'origine souvent assez diverses … Ils sont de plus en plus souvent organisés comme de véritables entreprises commerciales par commandite, financées par de riches éleveurs ou commerçants grâce aux prêts (atîla) qui permettent aux guerriers démunis de se procurer monture, harnachement et armement en contrepartie de parts de butin". [Pierre Bonte, La Politique coloniale française et les Ahl Shaykh Ma al-Aynin, https://revistas.uam.es/index.php/reim/article/viewFile/865/853 , P 26]

 

Ces remarques émanant d’un éminent spécialiste reconnu par ailleurs pour sa crédibilité, prouvent si besoin en est, l’amalgame bien ancré dans l’esprit de beaucoup d’entre nous quant à la réalité de la résistance du Nord. 

 

En outre, de nombreux écrits portugais, espagnols, anglais et français, évoquent le pillage et la traite négrière qui était à l’époque l’une des principales motivations de cette résistance.

 

Selon notre regretté diplomate Bal Mohamed El Mokhtar et Son Excellence Ely Ould Allaf, cette question a été posée à plusieurs reprises lors des assises de la Cour Internationale de Justice statuant sur le Sahara Occidental en 1975 et parfois de façon embarrassante pour certains membres des délégations mauritaniennes et marocaines !

 

La Cour a publié en la circonstance plusieurs tomes contenant de valeureux documents espagnols où l’on peut apprendre que : "Les grands convoyeurs d'esclaves noirs sont les gens de l'Adrar et ceux de Tarfaya, qui ont pour chef le vieux marabout de la Sakiet El Hamra, Ma el Aïnin. Chaque année, le trop célèbre marabout quitte pendant près de six mois les solitudes désertiques de Tarfaya, aux environs du cap Juby, allant en apparence porter des cadeaux au grand chef religieux de l'Islam occidental, le sultan de Fès. En réalité, Ma el Aïnin traîne à sa suite une centaine d'hommes bleus, amenant par dizaines les jeunes négresses qui sont vendues à un cours très élevé sur les marchés de Fès et de Tanger. Chacun sait qu'il n'est pas une ville marocaine qui n'ait encore son marché d'esclaves blancs et noirs, soit réglementé par le makhzen, soit clandestin".

 

La dépêche datée du 6 décembre 1906 ajoute qu’un groupe maure avait rencontré le chef de la mission hydrographique française à Rabat et lui avait dit : "L'année au Maroc n'a pas été mauvaise, et nous avons pu vendre sur les marchés de Tanger et de Fès plusieurs dizaines de jeunes négresses amenées ici à dos de chameaux. Mais il y a deux choses qui nous inquiètent : 1) les progrès des Français au nord du Sénégal, vers TidJikja et vers l'Adrar. Or, les Français nous empêchent de razzier ou d'acheter les esclaves noires. Cela n'est pas juste et cela nous ruine.2) L’insécurité des routes marocaines, la faiblesse du makhzen, qui ne suffit plus à nous donner des escortes". [Ma el Aïnin, chef des négriers du Sahara,  http://www.icj-cij.org/docket/files/61/9470.pdf , P 60]

 

En la même circonstance, la Cour a publié sur son site internet un document espagnol où l’on peut lire : "Ma el Aïnin, conscient de sa faiblesse devant la puissance française, menait une habile politique d'équilibre. II maintient de bonnes relations avec l'Espagne et maintenait ses contacts avec les sultans, tant pour développer sa puissance économique et le commerce lucratif des esclaves qu'il faisait avec eux". [Les pouvoirs locaux dans la partie occidentale du Sahara, http://www.icj-cij.org/docket/files/61/9467.pdf , P 275]

Plus récemment, Catherine Golliau, rédactrice en chef au magazine Le Point, aborde également cette question – ô combien grave ! - de la traite négrière, via le Sahara en délivrant beaucoup de vérités longtemps méconnues. [Catherine Golliau, La Vérité sur l’esclavage, Le Point web du 4 mai 2006, n°1755]

 

Dans ‘‘Journal of North African Studies’’,  John Wright, quant à lui, a publié en 2002 une série d’articles “Morocco: The Last Great Slave Market?” (Maroc : Le dernier Grand marché d’esclaves), où il met en exergue l’importance de ce marché et son étroite relation avec la traite négrière venant du Sud.  

 

Telles furent les motivations économiques et sociales de la résistance du Nord. Quant aux mobiles politiques de cette résistance, ils se résumaient à l’exploitation conjointe du cheikh Ma el Aïnin et de sa famille, de l’émir de l’Adrar et des habitants du Nord par le Maroc et l’Espagne. 

Ainsi, si on lit les télégrammes de l’Administration coloniale espagnole, le cheikh Lagadaf, grand marabout de la famille Ma el Aïnin, fut chargé de la mobilisation des tribus du Sahara, l’organisation de leurs razzias sur la Mauritanie, et de la collecte de renseignements sur leurs regroupements ou mouvements, moyennant un salaire mensuel qu’il recevait de l’administration espagnole. [www.icj-cij.org/docket/files/61/9470.pdf , P 393]

 

Racisme, vendettas et barbarisme 

 

Il y a deux formes de "résistance nordique" : celle des gens de Rio de Oro, étrangère, et celle de l’Adrar, intérieure, manipulée et dominée par la première. Ces deux "résistances" se sont déchirées, à l’image de ce qui se passait entre leurs composantes avant la pénétration française. Ces divisions ont amené des chefs coutumiers de l’Adrar à rejoindre les français tels Ould Gnàhallah et Ould Znagui qui, sous les ordres du Lieutenant Gaufflet, s’étaient distingués dans la lutte contre les rezzous de la terreur venant du Sahara espagnol. C’est en ce sens que les deux chefs supplétifs Ould Kerkûb et Ould Mogueya d’Oulad Amoni participaient à des missions de police dans tout le Nord à coté du Colonel Gouraud et ses officiers, "Ils enlevaient près de 5000 chameaux et défaisaient les principaux chefs de gazw Rgeybat". [P. Bonte, L'émirat de l'Adrar. P 28].

 

Comment serait-il alors possible d’oublier de commémorer ces héros de la sécurité et de l’ordre ? 

 

Les autorités de l’indépendance avaient renouvelé les salaires mensuels que percevaient du trésor public français ces guerriers pacificateurs  en rétribution de leurs services. Ould Tabbakh et Ould Khteira furent les dernier goumiers de l’Adrar qui avait bénéficié de cette faveur [Journal officiel de la RIM, n° 36, 2eme année, le 6 juillet 1960, arrêté n° 10.092 CAB. MILI du 7 juin 1960].

 

Martin Henri relate également quelques-unes des luttes intestines entre des tribus de l’Adrar et des tribus du Rio de Oro: "Après l’échec de la mission Blanchet, en 1900, nous avions armé d’un certain nombre d’armes modèle 1874 les Oulad Bou Sba du Sud qui, dépouillés de leurs biens par Ahmed Ould Mokhtar, émir de l’Adrar, s’offraient pour venger notre mission, maltraitée par le même émir. Après avoir ravagé l’Adrar et tué l’émir, ces Oulad Bou Sba, assez peu nombreux, sont poursuivis dans l’ouest par les Oulad Yahia Ben Othman, ligués avec les Kounta de l’Adrar, et ils sont écrasés au bord de l’Atlantique. C’est là l’origine d’un conflit de longue durée entre Kounta et Oulad Bou Sba, conflit dans lequel nous allons nous trouver avec les Kounta contre nos alliés de la première heure, les Oulad Bou Sba, qui furent les premiers, en 1854, à suivre Faidherbe dans sa guerre contre les Trarza". [MARTIN Henri, 1939, Les tribus du Sahel mauritanien et du Rio de Oro, Bulletin de l'IFAN, 2 (3)]

 

La résistance des maures, en général, ainsi que leur collaboration avec l’occupant se comparaient dans l’ensemble, à une entreprise commerciale, constituée autour d’intérêts matériels particularistes et de vengeances personnelles ou tribales. Les émirs et marabouts s’arrachaient les faveurs du colon, même avant sa venue en Mauritanie et bien après. Chacun d’entre eux rapportait les faits et gestes de l’autre aux gouverneurs français successifs, avec lesquels ils passaient alliance contre leurs concurrents.

 

Cette résistance a connu aussi de terribles actes barbares et racistes. Parmi ses manifestations les plus abjectes et les plus cruelles, le comportement du grand voleur de bétails, Ould Msika (glorifié aujourd’hui comme résistant !) à l’endroit des habitants de la vallée. Le vendeur d’animaux Ba Adama, nous raconte encore aujourd’hui comment son père direct fut égorgé par Ould Msika lorsqu’il l’avait suivi pour lui demander de lui restituer sa vache, volée pendant la nuit. Wajaha est de la même veine. Il ne croisait jamais un ressortissant du Trarza, noir ou blanc, sans le tuer aussitôt. C’est lui qui a découpé vivant en morceaux deux notables du Trarza, avant que la vengeance divine ne le rattrape, en lui faisant un sort analogue. En Autre acte barbare, parmi tant d’autres : l’un des chefs Rgueibat embrigadé par l’Espagne, a croqué un morceau du foie d’un garde Ideichilli.

 

Bande rouge ou noire ?

 

Telle fut donc la résistance du Nord, avec son visage noir, qu’on voudrait aujourd’hui transformer en glorieuses victoires, en perpétuant son souvenir par deux bandes rouges. Comment un peuple musulman peut-il se vanter d’une époque où le trafic d’êtres humains avait atteint son apogée et où les chefs de la résistance eux-mêmes en étaient les principaux instigateurs ? 

 

Ce serait le comble du racisme et de l’injustice !

 

Ne devriez-nous pas plutôt ajouter une bande noire en souvenir de la sinistre épreuve de ce commerce scandaleux d’hommes et de femmes, en guise d’excuse pour leur convoyage, enchaînés à dos de chameaux pour être vendus le plus banalement du monde ? Ce bétail humain, Monsieur Samba Thiam, n’était autre que nos filles et sœurs, porteuses de notre sang commun !

 

Nul ne peut contester l’authenticité de ces faits historiques et nul n’a le droit de les ignorer et encore moins de les oublier.

Plus récemment, nos illustres officiers et soldats tués à la fin du vingtième siècle, avec sang-froid, pour des raisons racistes et barbares, ne mériteraient ils pas à leur tour d’être commémorés par une bande noire ? Une telle attention ne viendrait elle pas à propos pour compléter les excuses de Sidi Ould Cheikh Abdallahi, la reconnaissance et l’attention de Aziz qui s’est manifestée par une prière au Fouta, pour le repos des victimes du pouvoir raciste et génocidaire du colonel de sinistre mémoire Maouya ?

 

Au lieu de commémorer les souffrances des populations noires, de guérir les blessures béantes de la traite négrière et de l’esclavage et de commémorer la mémoire de nos martyrs assassinés froidement à Oualata, Inal, Azlat, Nbeika, Jreida et autres bases militaires, dans les rues de Nouakchott et dans la vallée du fleuve Sénégal, on cherche aujourd’hui à occulter ces crimes contre l’humanité, certifiés par de grands pays et des juridictions internationales. Le but manifeste étant de blanchir l’Histoire de ces nomades et franchir un nouveau palier dans notre exclusion et celle de la majorité écrasante des populations mauritaniennes ! 

 

Vous savez bien, Monsieur Samba Thiam, que le rôle de la communauté noire aussi bien dans le jihad, que dans les différentes étapes de la pacification du pays, est quasiment occulté par les élites beïdanes et leurs médias. L’on n’entend rien d’autre aujourd’hui que le jihad de Cheikh Ma el Aïnin, la sagesse de Cheikh Saad Bouh et  de Cheikh Sidia.

Et l’hymne national ?

 

En ce qui concerne l’hymne national, c’était là une occasion pour vous d’y intégrer les langues nationales pour mettre ainsi fin à soixante ans de leur marginalisation et de leur mépris. Si cela avait été fait, nous aurions tous été amenés à comprendre sa portée symbolique et unificatrice. Malheureusement, la révision de l’hymne ne fut point destinée à  réparer les torts à l’égard de nos concitoyens négro-africains ou de leurs langues laissées sur la touche.

 

Monsieur Samba Thiam, je pense que vous êtes devenu le complice, malgré encore une fois, votre "regard post-dialogue", d’une sale manœuvre de nationalistes arabes chauvins et régionalistes, qui ont l’habitude, à chaque fois qu’ils sont en perte de vitesse, d’essayer de revenir en arrière pour réécrire l’Histoire à leur manière. Même si votre intention était bonne, vous vous êtes, au meilleur des cas, fait piéger.

 

Revendications légitimes

 

Je lance un appel solennel à tous pour s’opposer farouchement au drapeau et à l’hymne national qui divisent la nation, qui sacralisent le racisme, l’injustice et l’humiliation. En même temps, je convie tous les intellectuels à contribuer à ce débat pour le bien de notre patrie en danger, pour son unité, l’harmonie entre ses composantes et la construction de son avenir.

 

Je pense en particulier aux militants "africains" abolitionnistes ou anti-esclavagistes, aux intellectuels et militants des droits de l’homme ainsi qu’aux hommes politiques, tels que Biram Ould Dah, son adjoint, l’éminent professeur de philosophie Docteur Brahim Ould Bilal, Docteur Mohamed ould Maouloud, et Docteur Lo Gourmo.

Pour que toutes les composantes nationales s’y retrouvent, je réclame haut et fort :

 

1) Que le drapeau actuel, vert-jaune, comporte une bande noire commémorant les sévices endurés par les victimes de la traite négrière, en guise de demande de pardon pour les pratiques de l’esclavage, de son sinistre commerce et les victimes du régime de Ould Taya.

2) Que l’hymne national comporte dans le texte, au même titre que l’Arabe, toutes les langues nationales et au niveau de la composition, des notes reflétant la musique des communautés négro-africaines de Mauritanie.

 

CHEIKH M. N’DIAYE

CHERCHEUR ET MILITANT

 

 

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