Le courage  d’être  flamiste et  mauritanien Par feu Docteur Mamadou Amadou Sow - FLAM-Europe de l´Ouest

Le préjugé visant à confiner le combat politique mené par les FLAM en une simple reconnaissance de droits d’une communauté opprimée est doublement inconsistant. Ceci pourra être aisément saisi à travers deux grands exemples référentiels que sont les dénouements consécutifs des combats menés aux Etats-Unis et en Afrique du Sud pour l’éradication du racisme. Même si la combinaison de ces deux exemples ne restitue pas intégralement la réalité mauritanienne. Et de la les solutions adoptées restent largement en dessous des attentes visant à la reconfiguration de notre Etat dans ces fondamentaux. Fondamentaux dont l’ultime objectif tendrait à l’instauration d’une démocratie sociale, accessible et consacrant des libertés individuelles inaliénables.

 

Par ailleurs, le souhait de certains partis de l’opposition de circonscrire la bataille pour la refonte totale de l’Etat Mauritanien en un combat abolitionniste est parcellaire. Pour preuve, l’abolition de la pratique de l’esclavage aux Etats-Unis a débouché très vite dans une impasse. Les abolitionnistes peu enclins à restaurer les afro-américains dans leur droit entier s’accommodèrent vite d’un statu-quo qui plongea cette communauté dans un désarroi insoutenable.

 

Après les premiers espoirs suscités aux lendemains de la promulgation des lois abolitionnistes, le désenchantement gagna vite le rang des anciens esclaves qui jouissaient certes à l’époque du statut d’affranchi mais dans le fait étaient privés de toute citoyenneté. L’avènement des mouvements de lutte pour la reconnaissance des droits civiques exhuma ce problème suspendu.

 

Aussi, les Etats-Unis surpris en flagrante contradiction avec sa propre constitution ne pouvaient qu’admettre la persistance du racisme. Pourtant cette constitution, qui consacre une place inégalable aux libertés individuelles, n’a toujours pas épongé le passif humanitaire accumulé à l’égard des afro-américains.

 

Ainsi une fois que l’Amérique se réconcilia en partie avec elle, en généralisant le droit de vote, les dirigeants noirs américains s’en retournèrent dans les partis traditionnels. Bien que les démocrates, qui accueillirent en majorité ces leaders, parvinrent plusieurs fois à diriger l’exécutif de cette nation, ils n'arrivèrent pas à insuffler à cette communauté le partage du rêve américain.

 

De nos jours encore, la persistance de la marginalisation de la communauté afro-américaine laissent subsister un goût inachevé de ce combat si âprement mené. Cet échec n’est certainement pas à faire porter aux seuls dirigeants car les solutions de sortie de crise, qui s’offraient à eux pour parachever ce combat, étaient d’une extrême complexité.

Il en résulte que malgré la mise en oeuvre des réformes sanctifiées par des lois, les phases de transition ressemblent étrangement à des voies sans issues. Et cela tant que les changements attendus ne procèderont pas au renoncement de tout relent xénophobe.

 

Certes des opinions divergentes avanceront les arguments que la France et la Grande Bretagne ont trouvé une issue différente à ce problème ; Notamment dans les îles de l’océan indien et aux Antilles. Cependant il faudrait se rappeler que ni la France, ni la Grande Bretagne n’ont eu à partager un espace territorial commun avec les descendants des anciens esclaves.

 

D’un autre côté Les FLAM gagneront à se préserver de toute tentation visant à reconduire l’exemple de l’ANC. Si l’identification de la communauté noire sud-africaine victime d’un Etat raciste en une classe ouvrière exploitée était contextuelle ment justifiable. Ce choix se révèle dommageable pour ce parti et hypothèque beaucoup ses chances à réformer en profondeur les structures héritées de la période d’Apartheid. Une fois le problème institutionnel résolu, la gestion par l’ANC de la chose publique alimenta vite la controverse.

 

Ayant renoncé aux illusions d’une démocratie populaire tant galvaudée par les communistes, sans avoir entrepris une vraie politique de redistribution des richesses, l’ANC se heurte aux revendications légitimes du plus grand nombre. Les vaillants leaders de ce mouvement auront beau célébrer la dignité noire reconquise, ils ne pourront justifier leur maintien au pouvoir si la majorité de leurs compatriotes, qui se sont tant privés, tardent à voir leur condition de vie s’améliorer.

 

La fondation de la pensé politique des FLAM est contemporaine de la réalité mauritanienne en ce sens qu’elle place la question nationale au centre du débat publique. Cette pensée anticipe sur l’avenir en esquissant les traits d’une Mauritanie multiraciale.

 

L’engagement des FLAM pour le renoncement à tous les attributs d’un Etat raciste, renoue avec l’utopie d’un Etat égalitaire. La lutte pour ce renoncement a commencé en faisant la rétrospective de la pensée raciste fortement soulignée dans le Manifeste du négro-mauritanien opprimé . Elle se poursuit avec la demande persistante visant à un retour organisé des déportés. Elle ne se dissipera pas avant une abolition pleine et entière de l’esclavage.

 

De même que l’accent mis ces derniers jours pour traduire Maouya devant un tribunal pénal, restaure en grande partie une certaine idée de ce que devrait revêtir la stature d’un dirigeant consciencieux. La condamnation des crimes perpétrés sous Taya, en plus de doter la future nation mauritanienne d’une conscience collective, oeuvrera pour la mise à mort de la pensée raciste prévalant encore en Mauritanie. Car la subsistance d’une telle pensée laisse peu de prises aux réformes. Et ce n’est pas le déni de Ely ould Vall ou le baragouinage d’un Boidiel ou encore moins les gloussements d’une Nana Mint Mouknass qui tempéreront l’ardeur des Mauritaniens de voir enfin leur pays se muer en une république respectueuse des droits humains.

 

Enfin pour de nombreux négro-africains, Les FLAM constituent une synthèse érigée en ultime rempart pour ne pas laisser monter l'irrésistible envie de défaire le puzzle mauritanien. C’est beaucoup de cela avoir le courage d’être Mauritanien. C’est cette culture de responsabilité et de tolérance qui alimente et cimente le sentiment double de Flamiste et de Mauritanien.

 

La lutte continue !

Rennes le -22 -10-2005

 

Flam.

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