Lutter  ou périr, par Oumar Abdoul LY.

S'il est reconnu que notre lutte de libération nationale a connu des avancées remarquables tant sur le plan national, qu’international, il est aussi judicieux d'admettre que le système beydane que nous combattons n’a pas disparu, qu’il est encore là, se dressant contre nous avec toute son arrogance et sa barbarie. Les récents propos de l'ex sénateur et conseiller spécial du général Mohamed OULD Abdel AZIZ, tenus lors d'une émission télévisée, les agissements de l’administration et de l'armée mauritanienne dans la région de la vallée du fleuve Sénégal (les événements de Niabina, les expropriations de nos terres, etc.), le refus du gouvernement mauritanien de procéder aux recensements des populations noires mauritaniennes, les nominations discriminatoires dans la fonction publique et l’armée ainsi que le mépris affiché par le régime actuel du général Mohamed OULD Abdel AZIZ envers les victimes des massacres génocidaires de 1986 à 1992 et leurs familles, nous le rappellent quotidiennement.

 

En face de cette machine politique et idéologique qui cherche à achever son œuvre de destruction de toutes les communautés non arabes de Mauritanie, quelques membres de nos communautés nationales, dont certains qui se sont donné comme mission de défendre notre peuple opprimé, adoptent aujourd’hui une attitude politique et morale qui ne contribueront certainement à notre victoire.

 

Souvenez-vous des malheureuses audiences accordées par le général OULD Abdel Aziz aux soi-disant représentants de la communauté Soninké venus lui prêter allégeance, etc.,  ou les multiples rencontres organisées, là aussi par quelques soi-disant représentants de la communauté Wolof  pour défendre «leurs» intérêts et uniquement leurs intérêts. Des manifestations surréalistes et malsaines dans un contexte national qui requiert l'unité de toutes nos communautés nationales. Ces démarches qui semblent oublier ou ne plus tenir compte de l'histoire de notre lutte de libération nationale peuvent, si elles ne sont pas combattues, nous nuire inéluctablement et amoindrir nos chances de voir le système beydane terrassé par la détermination du peuple noir mauritanien uni face au même péril.

 

A cela s’ajoute un autre fléau que nous déplorons également aujourd’hui et qui n'est pas lui non plus en mesure de faire avancer notre marche vers la victoire et vers la liberté. En effet, certains de nos compatriotes, pensant naïvement que le rapport de force aujourd’hui en notre défaveur ne peut plus être inversé, ont totalement baissé les armes et acceptent, dans la résignation, cette vie d'opprimés. Profitant de quelques miettes que leur jette gracieusement le système beydane, ces individus se contentent désormais d'un petit confort matériel et social et ne manifeste plus aucune forme d'opposition au système qui a fait d'eux d’éternels subalternes. Par peur de perdre ce confort, ces individus n’hésitent plus à nier l’existence du racisme institué par ce système.

 

Quant aux mouvements et organisations politiques noirs mauritaniens, même s'il convient de reconnaître certaines avancées politiques enregistrées par certains d'entre eux (mobilisation contre l'épuration ethnique à travers la politique de recensement, dénonciation des crimes commis par le système beydane, compagnes de sensibilisation sur la question de l'esclavage beydane, etc…), il convient également de souligner l’incohérence, les tergiversations, les discours et autres démarches politiques plus qu’ambiguës de certains d'entre eux (soutiens politiques réfléchis et calculés au général Mohamed OULD Abdel AZIZ qu’ ils ont contribué à élire et à réélire lors des deux dernières élections présidentielles, silences complices sur certaines décisions graves et nuisibles à la communautés noires mauritaniennes, tractations et fourberies pour obtenir certains postes et mandats électifs reléguant au second plan le combat  pour la dignité humaine et la citoyenneté du peuple noir mauritanien.) Et pourtant tous ont martelé, depuis plusieurs années, qu’ils représentent plus et mieux que personne les intérêts des Noirs mauritaniens car «luttant» à l’intérieur du pays ou à l'intérieur du système.

 

C'est contre toutes ces formes de passivité des uns et de compromission des autres que nous devons nous mobiliser. Cette situation que nous connaissons aujourd’hui est loin de constituer un élément positif et déterminant dans notre combat.

 

Le système beydane ne pourra être détruit à jamais qu'avec la détermination et la mobilisation de nos communautés nationales. Ceux de nos «leaders» qui pensent adopter une ligne politique acceptée par le système se trompent et nous trompent. Leurs motivations sont à chercher ailleurs.

 

De même que ceux qui, sous les ordres et les manipulations du système, œuvrent à la division dans nos rangs et dans nos communautés nationales ne peuvent plus partager notre combat. Seuls l’unité dans la lutte, la cohérence politique et le sacrifice national pourront permettre au peuple noir mauritanien de se libérer de la domination beydane.

Certains de nos compatriotes prétendant que notre cible principale doit rester le système et lui seul, (puisque l'objectif de notre lutte reste sa destruction totale), nous interdisent de soulever certaines questions liées à l’attitude déplorable et nuisible de certains d’entre nous. Cet argument est une erreur politique majeure puisque nous acceptons de ce fait d'occulter la responsabilité politique et morale que certains de nos compatriotes  portent dans notre situation politique actuelle. Nous pensons en revanche, que dénoncer ces errements  politiques de soi-disant leaders de notre communauté, condamner cette insouciance quasi générale de celles et ceux qui se complaisent dans cette situation d'opprimés peuvent contribuer à une prise de conscience des dangers encourus par notre peuple et aider à l’émergence d’une autre forme de combat plus adapté à la réalité mauritanienne, la seule qui puisse nous libérer de cette infamie qui est le système beydane.

 

Ce combat que nous souhaitons être porté par tous exige désormais que nous trouvions des réponses justes et adéquates à la volonté du régime du général OULD Abdel AZIZ comme ceux avant lui de nous supprimer.  C’est alors seulement que nous pourrons nous réjouir de porter cette noble mission. Comme l’ont fait nos dignes aînés et martyrs nationaux.

 

Notre situation actuelle renseigne à qui veut le savoir, qu'une seule et unique alternative s'offre à nous : combattre et vaincre le système beydane. Et pour cela, il est impératif que les vrais combattants rejoignent les vrais mouvements de résistance nationale. Le combat lucide et sans concession que nous mènerons, avec notre détermination et l’unité de tous sera porteur de nouveaux espoirs pour notre peuple opprimé et, la victoire de demain est certaine.

 

Oumar Abdoul LY

 

Flam.

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