Vous voulez oublier le passé, le futur vous jugera, par Baaba Diallo, Bamako.

Oublier le passé douloureux de notre pays, c’est bien du Ahmed Daddah. Mais ne seront surpris que ceux qui ne connaissent pas le parcours de cet homme dangereux depuis son retour en Mauritanie dans les années 90.

Dans les années 90, juste après la libération des rescapés des camps de concentration et la révélation des atrocités, l’administration s’inquiétait des émeutes sanglantes à Nouakchott. Il fallait canaliser cette force aveugle que constituaient les négro mauritaniens surchauffés par ces révélations.

 

C’est ainsi que Ahmed Daddah entra en jeu. Ahmed Ould Daddah rappelle un peu Moctar Ould Daddah aux yeux des négro mauritaniens. Pas du côté ressemblance ou familiale, mais la nostalgie d’un régime civil, et l’espoir d’en avoir un, car ce sont encore eux qui ont souffert le plus avec les régimes militaires. C’était une force, mais aveugle car pas de leader : la réunion de chez BOCAR alpha, qu’on appelait «BATU (réunion) des « grands » du FOUTA et du GUIDIMAKHA n’a rien donné.

 

On dit généralement « qu’un vieux assis voit plus loin qu’un jeune debout », mais cela ne s’est pas vérifié dans cette année là. Les « grands du FOUTA» se sont jetés en fin de compte dans les bras d’Ahmed Daddah, n’ayant pas pu s’entendre entre eux. C’est ainsi, sans entrer dans les détails, il y eut une dissidence et le PLEJ est né.

 

Dans ces années, les négro mauritaniens qui étaient restés au pays, étaient comme un troupeau sans berger. Ce qui était plus triste, c’est que les négro n’avaient pas confiance en eux-mêmes : Messoud ould Boulkheir, un haratine, Diop Mamadou Amadou un halpulaar et Ladji Traoré un Soninké se retrouvèrent tous en prison parce qu’ils ont réclamé la justice.

 

Aucun de nos compatriotes maures blancs ne les avait accompagné en prison à cette époque, tant mieux. Mais quand il fallait créer le FDUC, ce sont ces mêmes compatriotes arabes (Ahmed Sidi Baaba, et autres) qui sont sortis de l’ombre pour diriger le front.

 

 

Il y a eu des milliers de déportés négro mauritaniens par des mauritaniens, des milliers de négro mauritaniens assassinés ou massacrés au Sud par des mauritaniens (par MST et ses hommes), il y a eu plus de 500 soldats négro mauritaniens assassinés par MST et ses hommes, et d’autres torturés sauvagement, et tout cela en Mauritanie et par des mauritaniens que tout le monde sait. Aucun maure blanc n’a été déportés, ni tués par des mauritaniens. Mais quand il fallu créer un parti politique (l’UFD), c’est encore un Ahmed Daddah qu’on choisira pour diriger ce parti. Comme si les négro mauritaniens sont incapables de quoi que ce soit. Dans les deux types d’organisation, les négro mauritaniens n’avaient à s’en prendre qu’à eux même.

 

C’est pourquoi, après l’échec du BATU de chez Bocar Alpha, Bâ Mamadou Alassane, cet ancien maire de Maghama qu’on avait traîné manu militari de Maghama à Kaédi, et sous la pression des jeunes que nous étions, créa le PLEJ. Un parti qu’on traita de raciste car il n’y avait pas beaucoup de membres arabes (il y avait un dans la direction) ! Et pourtant ces mêmes personnes qui traitaient ce parti de raciste, n’ont jamais traité le parti de l’avant-garde national de raciste, alors qu’il n’y avait AUCUN membre négro mauritanien! Nous n’avons pas voulu suivre l’UFD d’Ahmed Daddah, car pour nous, il faut avoir confiance en soi même, et ce n’est pas parce que le pays a toujours été dirigé par un maure que les noirs sont incapables.

 

Certains nègres (et non noirs, saisissez le sens) de l’UFD nous traitaient donc de racistes, de Flamiste (alors qu’ils savaient très bien que les Flamistes n’ont jamais été racistes mais plutôt « JUSTISTES », si le terme existait), simplement parce que nous n’avons pas voulu suivre leur berger Ahmed Daddah, qui, au lieu de les mener au pâturage, les traînait consciemment à travers le désert. Et pourtant nous ne les avons jamais traité de moutons, car nous savons que certains étaient sincères mais ne savaient pas ce qui ils suivaient, en plus nous ne voulions pas de luttes intestines stériles. On les avait bien prévenu :

 

C’EST CELUI QUI PORTE LE FAGOT QUI SENT REELLEMENT SON POIDS.

 

 

C’est nous qui avons été déportés, tués, humiliés et ce sont nos sœurs qui ont été violées au Sud, et Ahmed Daddah va pleurer à notre place ? « Goddol wadhee krip, korlal wadha kuuk ? » (« On te saisit à la gorge et c’est ta jambe qui lâche un pet ? »). Et l’avenir nous a bien donné raison, quand Ahmed Daddah conseille d’oublier le passé ! A force de vouloir fermer trop longtemps les yeux, on finira par être aveugle. On voudra bien les rouvrir après, mais ce sera trop tard. Et nous avions bien dit que nous devrions compter d’abord sur nous même et n’on d’attendre un ange descendre du ciel pour résoudre nos problèmes. Et cela est toujours valable aujourd’hui.

 

Il n’était jamais venu pour trouver des solutions, sauf pour endormir les négro Mauritaniens. Et cela MST le savait très bien. Son but était d’endormir ceux des mauritaniens que MST n’avait pas tués ou déporté, sa mission est d’étouffer leur énergie. Si nous analysons méticuleusement les différents discours de cet homme, son silence ou ses réponses vagues et floues sur les problèmes les plus cruciaux du pays, on se rendra compte que son but réel est de prendre le pouvoir et d’oublier ce passé douloureux, mais en aucun cas de résoudre les problèmes d’injustice. En d’autres termes, il est là pour arranger les affaires des criminels de MST qui sont tous de sa communauté.

 

 

Dans l’application de la justice, on ne devrait pas prendre la couleur de la peau en compte. Malheureusement dans notre pays, ce mot est souvent flou, semblable à un prisme et cela dépend de quel côté on se trouve. Quand on accuse des négro mauritaniens de tentative de coup d’état en 1987, la sentence c’était la mort. Et quand en 1988 les Baasistes tentent un coup d’état, le prisme change de face. Ahmed Daddah a la même mentalité que MST. La seule différence est que MST est idiot et sa seule solution c’est la mort et la déportation alors que Ahmed, c’est l’assimilation en douceur et le maintien de l’injustice tout en criant haut et fort qu’on est juste ! C’est ce que nos pauvres compatriotes n’avaient pas compris au moment de l’UFD qui est devenu le RFD. Mais ce n’est pas encore tard d’abandonner cet homme.

 

Pour Ahmed Daddah, « la solution des problèmes de la Mauritanie passe par le consensus et l’oubli du passé..(.), la non participation à ce processus est une trahison nationale et une démission non justifiée ».

 

La plus haute trahison, c’est justement l’oubli de ce passé.

Il n’y a pas pire trahison, trahison nationale que de commettre des meurtres à grande échelle et de vouloir oublier de juger ces criminels.

 

Il n’y a pas pire trahison et vraiment stupidité que de vouloir trahir sa conscience.

 

Il n’y a pas pire mécréance et hypocrisie que de vouloir protéger des personnes qui ont ôté la vie à des innocents.

Il n’y a pas pire mesquinerie que de vouloir consciemment faire semblant que rien ne s’était passé.

 

Il n’y a pas pire trahison que de trahir toute une partie du peuple qui plaçait confiance en vous, les militants de l’UFD-RFD.

Il n’y a pas pire trahison et lâcheté que de tromper ceux auprès de qui vos militants faisaient votre publicité.

 

Il n’y a pas pire trahison que d’anéantir les espoirs des veuves et des orphelins du Sud qui n’ont cessé d’attendre la justice en Mauritanie.

 

La première trahison nationale c’est de tuer et de déporter ses nationaux dans des pays voisins comme HITLER l’avait fait. La deuxième trahison nationale c’est de se taire ou de vouloir l’oublier alors qu’on est au courant. C’est une lâcheté. De tels individus ne méritent pas de diriger un pays comme le nôtre. Les nouveaux adhérents sont certainement d’anciens militants du PRDS qui peuvent être très réceptifs à ce genre de message.

 

Maintenant on va voir la réaction de ses militants, s’ils vont encore le suivre dans cette voie d’oubli du passé. S’ils le suivent, alors peut-être qu’il leur demandera un jour de s’oublier eux-mêmes ou de se suicider collectivement?

 

Mais vous êtes libres de le suivre ou de suivre MST dans son exile, mais vous êtes prévenus que vous faites encore fausse route comme vous l’avez fait avant. Vous pouvez soit faire partie des partis responsables qui n’ont rien à se reprocher, (l’AJD, le PMDE, le PLEJ, le PMT..) ou alors n’être d’aucun parti mais en luttant pour le bonheur du pays qui ne pourra passer que par la justice pour tous ses enfants, et non par l’oubli du passé. Sachez une chose, ce que vous allez faire en oubliant le passé, sera un jour un passé qui ne s’oubliera pas. Le futur vous jugera, jugera votre passé.

 

Baaba Diallo, Bamako.

Flam.

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