Les Sarakolles du Guidimakha

Nous vous présentons une série d’articles sur les Soninkés (appelés aussi Sarakollé), importante composante du Peuple mauritanien. Ces documents doivent servir à mieux connaître les peuples et peuvent contenir des erreurs susceptibles d’être corrigés. Nous lançons donc un appel à témoignage.

Nous avons repris les sources telles qu’elles nous ont été livrées. Les bibliographies vous seront fournies ultérieurement.

 

 

 

LES SARAKOLLES DU GUIDIMAKHA

Historique

 

Le premier Soninké ou Sarakollé venu dans le Guidimakha proprement dit avec sa famille fut Makha Malé Douo Soumaré ; il venait de l’Est et était originaire de Goumbou ou de Ghana. Il se fixa dans les monts Assaba, sur la montagne qui porte encore aujourd’hui le nom de Guidé-Makha ou Guidi-makha (Makha de la montagne de Makha) ; sur le versant ouest de celle-ci, il étendit son domaine jusqu’à l’oued Garfa et, sur le versant est, le poussa jusque sur les deux rives du marigot du Karakoro.


Makha Malé Douo Soumaré fut pendant quarante ans environ, le chef absolu de cette région. Sa famille s’était considérablement augmentée ; les Kébinko, dits plus tard Diabira étaient venus se joindre aux Soumaré et tous vivaient en paix et dans l’abondance du fruit de leurs cultures.

 

KÉBINKO DITS DIABIRA

 

La substitution du nom de Diabira qui désigne encore cette famille, à son originel Kébinko, est assez curieuse, est assez curieuse et mérite d’être expliquée : lors de leur arrivée sur la montagne de Makhan, les Kébinko avaient construit leur village auprès d’une grande mare (qui existe encore) très poissonneuse ; seuls, ils avaient le droit d’y pêcher. Ils prenaient le poisson à l’aide d’un filet en forme de poche, le diaro. Leurs voisins, voyant toute la journée ces Kébinko, qui étaient des guerriers et non pas des Tangana ou pêcheurs, retirer (diabindé, infinitif présent du verbe qui se traduit par extraire) le diaro plein de poisson, les surnommèrent Diabira (ceux qui extraient, qui retirent le diaro) ; ce surnom leur est resté, depuis lors, comme nom de famille.


Malheureusement, la quiétude des premiers occupants fut vite troublée, leurs richesses ayant tenté les Hassan. Lorsque ceux-ci parurent, Makha Malé Douo essaya de leur résister, mais les Maures étant plus nombreux et plus forts, il traita avec eux et accepta de leur payer une redevance, moyennant quoi les Maures s’engageaient à le laisser en paix, lui et ses gens.


Makha Malé Douo Soumaré ne devait pas profiter longtemps de ces arrangements. Quelques années après, il était supplanté dans le commandement du Guidimakha, sur lequel s’étendait son autorité, par Gané Kamara.

ARRIVÉE DES KAMARA

 

Tout comme Makha Malé Douo Soumaré s’était installé dans le Guidimakha, venu de l’Est également, Gané Kamara, que la légende dit avoir été un grand guerrier, se fixait dans le Tagant, à Nouaméline. Il était accompagné de ses enfants en bas âge, de ses femmes, d’un griot soninké, appelé Nadoga Daniogho, et de Moussé Gassama, son mangué (suivant); ce dernier fut le fondateur, dans le Guidimakha, de la famille Gassama, qui joignit plus tard à son nom celui de Gandéga, comme on le verra plus loin. Un peul de caste libre les accompagnait ; il s’appelait Foula Khasséniogho Bari et, d’après la légende, conduisait un immense troupeau de plus de mille vaches et bœufs, tous blancs, appartenant à Gané Kamara et représentant le butin fait par ce dernier au cours au cours de nombreux combats livrés et gagnés par lui avant sa venue dans le Tagant.


La légende raconte la venue et l’installation de Gané Kamara. La traduction ci-dessous d’un fragment d’un document en arabe très ancien donne une idée des nombreux exploits qu’il accomplit.

 

LÉGENDE DE GANÉ KAMARA

 

« D’après nos ancêtres qu’il faut croire, Gané était le fils de Makha, qui était fils de Fobali, fils de Doumbé. Il naquit à Hérémanou. Il quitta son pays pour se rendre au Mandé, où habitait le prince Sondiata, roi des Mandingues. Un jour que le forgeron particulier du roi Sondiata, Simangourou, était allé dans la brousse, il rencontra Gané, qu’il ne connaissait pas. Simangourou le conduisit à Sondiata, qui était son chef.


Sondiata dit alors à Simangourou de recevoir Gané dans sa maison, puisque c’était un étranger ; le forgeron obéit et, arrivant dans sa maison, il fit porter de l’eau dans un coin pour permettre à son hôte de se baigner. Gané, alors, se déshabilla et Simangourou fut émerveillé : alors que les cheveux qui couvraient la tête de Gané étaient pareils à ceux de tous les hommes, les poils de son corps étaient blonds comme de l’or ! Ne doutant pas que ce fût de l’or véritable, Simangourou courut annoncer la nouvelle à son maître, ajoutant qu’un simple forgeron comme lui n’était pas digne de loger un hôte si honorable. Sondiata, approuvant cette modestie, fit appeler Gané et lui donna le trois-centième des logements spéciaux qu’il réservait aux étrangers de marque.

 

Dans ce logement, il y avait déjà un Peul nommé Foula Khasséniogho, qui devint vite l’ami intime de Gané. Grâce à l’entremise de ce Peul, Gané noua une intrigue avec une des épouses de Sondiata qui se nommait Tinkhaye Kanté. Et les jours passèrent….


Un jour, les guerriers de Sondiata annoncèrent que l’armée de Manga était en marche contre eux. Gané, ayant entendu cette nouvelle, dit à son ami Peul qu’il accepterait volontiers de défendre Sondiata, pour peu qu’on lui procurât des armes et une monture. Alors, le Peul lui donna des armes et lui dit : « Demain matin, quand l’armée sortira du village, Sondiata donnera des chevaux aux guerriers ; vous choisirez le cheval rouge, qui est le meilleur. » Le lendemain, quand les chevaux furent présentés, il y avait un cheval rouge ; Gané le prit et les guerriers se mirent en marche pour aller au-devant de ceux de Manga. Lorsque les deux armées furent en présence, Gané se détacha de ses compagnons d’armes et se porta seul au-devant de l’ennemi. De sa main, il tua Manga, le chef, et son fils, qui s’appelait Banoro. Il tua également un homme qui n’était ni dans les cultures ni dans le terrain inculte, mais sur les herbes de la limite. Il tua un autre homme qui n’était ni à l’ombre ni au soleil, mais sous un toit sans paille. Il tua soixante-dix cavaliers et prit tous les mors de leurs chevaux, qu’il porta à Sondiata.


Sondiata le félicita vivement de sa grande bravoure et, pour lui témoigner sa reconnaissance, il lui dit en lui désignant un endroit non loin d’eux : « Tu te mettras là demain et, quand mes épouses passeront devant toi, tu choisiras parmi elles celle que tu préféreras; ce sera ta femme. Le lendemain, Gané se rendit à cette place et choisit Thinkaye Kanté, la femme qu’il avait connue par l’entremise de son ami le Peul Foula Khasséniogho.

 

Mais, quelques jours après, Sondiata regretta son geste généreux. Foula Khasséniogho, au courant, alla bien vite prévenir son ami, lui conseillant de partir. Gané, malgré le courage dont il avait fait la preuve d’une façon éclatante, et ne voulant pas entamer la lutte avec son hôte, suivit les conseils de Foula Khasséniogho et se sauva avec Thinkaye Kanté et les quatre hommes suivants, dont trois étaient des Sarakollé qu’il avait trouvé à son arrivée chez le roi Sondiata : Moktari Sissé, fils de Diabé Digna ; Moussa Gassama, fils de Sakharakhé Digna ; Nadoga Daniogho et Foula Khasséniogho, le Peul qui l’avait averti du danger.

 

Avec eux, partirent quatre-vingt-dix-neuf hommes braves, et encore neuf autres hommes braves, mais qui étaient muets… Tout ce monde partit vers l’Est pour de nouveaux combats…Après avoir défait tous ceux qui osaient se lever contre lui et avoir amassé un butin considérable, Gané revint pour trouver Makha Malé Douo Soumaré. Il le trouva à Ka binné (la Maison Noire), où il était arrivé il y avait quarante-deux ans…


Quelle que soit la part de vérité que comporte cette légende, ce ne furent pas moins de mille personnes qui, avec Gané Kamara, s'installèrent dans le Tagant, au lieudit Nouaméline. Ils y construisirent deux agglomérations de maisons, peu éloignées l'une de l'autre; les bâtiments· de ces agglomérations étaient en pierres. Cet endroit fut appelé par Gané Kamara, ou par les voyageurs, ou plus vraisemblablemen.t, plus tard, par les Maures, Hayani.

 

Que veut dire Hayani? Les Sarakollé ne peuvent pas donner d'explication ni sur l’origine ni sur l'étymologie de ce nom et disent seulement qu'il désignait les descendants de Gané Kamara qui vécurent d'une façon permanente avec lui à Nouaméline. Mais Hayani ne viendrait. Il pas de l'arabe? Hayy veut dire en arabe «quartier», et hayyani « deux quartiers ». Ne peut-on pas admettre que les Arabes, pour désigner les Souanek ou Gangara (Sarakollé ou Noirs) de Nouaméline, aient ajouté à leur nom Kamara le mot Hayani? Quoi qu’il en soit, les gens, en parlant de Gané Kamer.a et de sa famille, installés dans le Tagant., à Nouaméline, disaient les Kamara Hayani.

 

Gané Kamara, ses gens et les Gassama ont dû s'installer à Nouaméline à peu près à la même époque où les Soumaré de Makha Malé Douo, accompagnés des Diabira, s'installaient sur les monts Assaba.

Deux années après l'installation de Gané Kamara, de sa famille et de celle de Moussé Gassama à Nouaméline, vinrent se joindre à eux la famille, très nombreuse, de son ancien compagnon d'armes Moktar Sissé (ancêtre des Sissé du Guidimakha), et celle de Soukhona Digna (ancêtre des Soukhona).

 

Les familles Kamara, Gassama, Sissé et Soukhona, sous le commandement de Gané Kamara, vécurent très unies, à Nouaméline, du produit de leur élevage elles prospéraient s'étaient considérablement augmentées. Mais les Hassan et autres Maures arrivèrent, pillèrent leurs troupeaux, enlevèrent leurs captifs. II fallut abandonner le Tagant, Nouaméline, descendre vers le Sud, vers la montagne de Makha.

 

Les Maures les harcelèrent, les maltraitèrent et les obligèrent à payer des redevances. Contre l'ennemi commun, les troupeaux ,arrivants (Kamara, Gassema, Sissé et Peuls) firent cause commune avec les Soumaré ; mais comme ils étaient plus les nombreux, les Kamara. Prirent « pacifiquement » le commandement du pays, commandement qu'ils gardèrent jusqu’à notre arrivée.

 

Au contact des Soumaré et des Diabira, d'éleveurs qu''ils étaient, les Kamara, les Sissé, les Gassama et les Soukhona devinrent des cultivateurs à leur tour et ils connurent la culture du mil. C'est ce qui est advenu par la suite aux Maures et aux Peuls du Guidimakha au contact des cultivateurs Sarakollé.


Les Soumaré, qui en veulent toujours aux Kamara de leur avoir pris Ieur pays, racontent qu'à leur arrivée sur le Guide Makha, les Kamara n'avaient jamais vu ni mangé de mil; après en avoir goute, ils en étaient devenus telle ment friands qu'ils ne trouvaient plus de saveur ni à la viande, ni au lait de leurs troupeaux. Gané ayant demande du mil à Makha pour être planté, celui-ci lui aurait donné du mil bouilli, que les Kamara auraient semée naturellement sans succès, et comme Gané, étonné, demandait l’explication à Makha, celui-ci aurait dit que le mil n'avait pas levé parce qu'il n'avait pas été plante par un Soumaré et que, seuls, les Soumaré connaissaient le secret de le faire pousser.

A cette petite satire, les Kamara répondent par celle-ci : « Une des petites filles de Makha Soumaré était amoureuse d'un petit-fils de Gané Kamara et les deux jeunes gens se rencontraient en dehors du village, à la tombée de la nuit. Or, un soir, la jeune Soumaré fit le don de son corps et de mil non bouilli au jeune Kamara. Depuis ce jour-là, les Kamara ont eu du mil.... et les faveurs des Soumaré. »


 

 

GASSAMA APPELES GANDEGA

 

C'est vers cette époque que les Gassamanko furent appelés Gandéga.
L'histoire de cette transformation est assez curieuse pour être rappelée, Les Gassamanko s'étaient installés dans la vallée, près d'une montagne appelée du nom d'une herbe, le grande, qui y poussait en abondance et qui ressemble à du mil, mais dont les épis donnent un grain non comestible. La légende dit que les Gassama s’étaient arrêtes à cette montagne parce que, n’étant pas cultivateur et ne pouvant distinguer le mil du grande, ils avaient pris le grande pour du mil et s'étaient mis à le soigner, arrachant les mauvaises herbes, chassant les fauves, les sangliers, etc. Un jour, un Soumaré passant par là leur demanda pourquoi ils soignaient ces plantes. Les Gassama, très affairés, lui répondirent que c'était pour que les tiges fussent plus belles et la récolte plus riche. Le Soumaré leur demanda alors: «Comment, vous vous nourrissez avec du grande? ». Les Gassama avaient entendu parler du grande, ils savaient que sa graine n'était pas comestible. Désappointés, honteux, ils avouèrent qu'ils avaient pris le grande pour du mil. Cette méprise fut colportée partout par le voyageur Soumaré et tout le monde appela les Gassama Gande-Yiga (mangeur de

grande), puis Gandéga, et le nom leur resta

 

DEPART DES SOUMARE VERS LE SUD

 

Les années et les années passèrent ; les Soumaré et les Diabira, trop peu nombreux pour espérer reprendre le commandement du pays, quittèrent alors le nord du Guidimakha et allèrent s'installer sur le fleuve, après s'être battus avec les Batchili et les Déniankes et les avoir défaits.
Ils créèrent ainsi les villages de Diaguili, Moulezimo (Mauritanie) Wahoundi (Sénégal); un autre groupe passa par le Gorgol, créant les villages de Harr et Woumpou; ils livrèrent des batailles à Mayel Ndao, Sagne Dieri et Sagne Bana (Sénégal), Toulel, etc. Au cours de cette dernière bataille fut tué l'Almamy Diadié. Les Soumaré se battirent également avec les Bambara de Moussou Korobo, qui étaient venus de I 'Est au secours des Denianke, et leur infligèrent une défaite. C’est à ce moment que, vinrent de l'Est les Soumaré Tambagninko de Makha Soumaré, petit-fils de Makha Male Douo Soumaré, parti à l'est de Kayes au moment où les Soumaré quittèrent la montagne. Ils créèrent les villages de baédiam, Khabou, Sollou et Sabou-Siré.
Vers l'époque du départ des Soumaré de la montagne, une famille Diawara, venue de l'Est et descendant de Fare Silla Makha, fils de Dama N'Guillé, s'installait à Bouly et y créait ce village.

 

LES KAMARA QUITTENT LE NORD

Harcelés sans trêve par les Maures, les Kamara, Gassama, Sissé et Soukhona, malgré leur nombre très élevé, durent, quelques année après le départ des Diabira, abandonner le nord du Guidimakha pour s'installer dans la région comprise entre Dialla, Sélibaby, Koumba Ndao et Mbaédiam. Les Diawara, isoles, durent à leur tour, suivre le mouvement.
Ce n'est qu'après notre occupation de la Mauritanie (1904) que les Kamara réoccupèrent leurs anciens villages du Nord et de l'Est.
Le Guidimakha,, sur lequel s'étendait le commandement de Gané Kamara, territoire considérable, avait les ]imites suivantes:
Au Nord, le marigot d'Amouride;
A I'Est, une ligne partant des puits actuels de Maï-Maï et allant rejoindre les villages de Koussané, puis Kouninghui, Ouahiguillou;
Au Sud, le marigot de Kholimbinné, qui se jette dans le Sénégal, et ce fleuve ;
Enfin, à l'Ouest, une ligne suivant l'oued Garfa; passant par Djajibine, Harr, et aboutissant au fleuve, à l'0uest du village de Koumpou (actuellement dans le Gorgol).


 

Tous les Kamara du Guidimakha (Mauritanie), du Guidimakha de Kayes, du Gorgol et du Sénégal descendent donc du même Gané Kamara.
Quelques autre familles, peu nombreuses, vinrent s'installer par la suite à côté des premiers occupants. Elles en adoptèrent vite les usages et les coutumes, qui sont ainsi les mêmes pour tous les Sarakolle du.Guidimakha, à quelque famille qu'ils appartiennent.

Dans les villages, quand tombe le soir, à l'ombre du grand arbre où se reunissent les hommes apres le travail de la journee; les Anciens parIent des temps d'autrefois, racontent les divers evenements auxquels ils ont assiste, les differends qu''ils ont eu à trancher, et ils font connaitre la solution que donne la coutume dans ce cas. Peu à peu, ils passent en revue les principaux cas qui se sont presentes; les hommes jeunes apprennent ainsi à connaitre la loi de leurs peres et, ce sont eux qui, à leur tour, en instruiront leurs enfants.

Tous, bien qu'ils la connaissent souvent imparfaitement, ont un grand respect de leur coutume ancestrale et, quand un litige quelconque les amène devant les tribunaux, - lorsque l’essai de conciliation du chef de village s'est revele impuissant et que la solution qu'il propose n'a pu mettre les parties d'accord, - tous declarent vouloir etre jugés d'après la coutume, et non d'apres Ia loi musulmane, qu'ils connaissent moins encore; ils ont confiance dans la sagesse de leurs ancetres qui, pensent-ils, ont dû prevoir le cas qu'ils ont à faire régler.

 

Flam.

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