Affaire Ould Vaïda : victimes et témoins, mobilisons – nous contre l’impunité

En réponse à un article de monsieur Sidi Ould Baye qui, sur la base de dénonciations faites par de nombreuses victimes, accusait le lieutenant – colonel en retraite,

Sidi Mohamed Ould Vaïda, ancien commandant des fusiliers marins dans la vallée (sud du pays), d’avoir semé la terreur sur la vallée et humilié qui il voulait sans même rendre compte à l’état-major national, l’officier en retraite livre sa version, pour le moins accablante pour lui – même, et déclare porter plainte contre le journaliste.

Si cette plainte, déposée en
Mauritanie, ouvre la porte à un procès, la sentence de celui-ci serait connue d’avance. A tout le moins, le journaliste Sidi Ould Baye n’aura pas les moyens d’une défense qui lui donnerait raison, même s’il a raison, face à une justice inféodée à un pouvoir dont l’implication est explicitement reconnue par Ould Vaïda.

Chacun sait que certains bourreaux encore en activité dans les premiers cercles du pouvoir, conscients de leur responsabilité directe dans le génocide commis entre 1989 et 1992, font tout pour retarder ou empêcher la manifestation de la vérité. Pour que justice soit rendue, il faut délocaliser donc un tel procès, car on ne peut être juge et partie.

Cependant cette plainte pourrait être une brèche grandement ouverte et du pain béni pour nous partisans de la lutte contre l’impunité à condition de mobiliser les preuves irréfutables de l’implication de cet ancien officier dans les cas de tortures et meurtres, de produire et présenter les témoignages circonstanciés de ses victimes en vie si elles ne le font spontanément.

Toute personne physique ou morale, quelque que soit sa nationalité, victime, témoin ou détentrice de ces preuves, est sollicitée. Ainsi cette plainte qui s’apparente au voleur qui crie au voleur, pourrait donner lieu à un procès du pouvoir politique et de son appareil militaire coupables de crimes de sang (reconnus par l’officier dans sa tentative de disculpation) ou à caractère économique mais aussi celui des idéologues civils du panarabisme qui ont conçu l’exclusion de la communauté noire.

Nous ne connaissons pas personnellement cet ancien officier à la retraite mais sa ligne de défense nous interpelle : le hasard a voulu qu’il soit toujours aux mauvais endroits, aux mauvais moments :
Jreïda, Azelat, Sori Malé, etc. En lisant entre les lignes, on se rend compte que l’officier confirme la responsabilité directe de l’armée dans ces atrocités. Reste à en connaitre les auteurs réels, tous les auteurs qui devront répondre des actes ordonnés ou accomplis quand ils étaient en responsabilité.

L’auto lavage à grandes eaux auquel il s’est livré, n’absoudra d’aucun crime cet officier en retraite qui valide sa présence à ces endroits au moment des faits, ni à fortiori ceux que les victimes ont parfaitement identifiés et dont les noms figurent sur des listes dressées par des associations de victimes ou des droits de l’homme. La fuite en avant adoptée ici par
Ould Vaïda va certainement être la ligne de conduite que vont tenter de tenir ceux qui seront appelés, les années à venir, à faire valoir leur droit à la retraite de la grande muette.

Mais elle ne tiendra pas plus que les témoignages à postériori cités dans sa réponse, sur des faits remontant à 1987, c’est-à-dire donc bien avant les graves accusations portées contre lui et qui concernent la période 1989-1992, qu’il confirme lui même au demeurant. Cette grossière tentative de manipulation, anti datée, ne remet pas en cause la probité de ces deux personnalités et leur statut de victimes de la purge de 1987.

Mieux, chacun sait que les grands dictateurs sont capables à la fois de tuer
« l’autre » et de chérir « leur proche » à l’image de l’ancien président Maawiya Ould Sid’Ahmed Taya, donneur d’ordres du génocide, qui avait des amitiés parmi les noirs de la vallée, Hitler aussi avait une vie sentimentale, cela n’a pas empêché ni l’un ni l’autre d’exécuter froidement et en masse leurs compatriotes. Aujourd’hui, le président Mohamed Ould Abdel Aziz s’appuie aussi sur certains cadres noirs pour mener son génocide biométrique.

L’évocation de l’importance du village de
Mbagne dans l’histoire du Fuuta est indécente quand on sait que pendant ces années d’exception, le pouvoir a systématiquement humilié institutions et chefferies traditionnelles de la vallée : combien de chefs de villages ont été battus et rasés en public, combien de femmes furent violées par les soldats, combien de jeunes furent tués et laissés sans sépultures, combien de villageois furent torturés par ces mêmes soldats, dans le Damga (département de Maghama) des cadavres ont même été exposés pour faire peur, combien de villages furent astreints à nourrir de force des soldats qui se comportaient en conquérants d’un territoire occupés ?

On sait désormais, puisqu’il l’écrit, que le gouvernement mauritanien a armé des villages maures de la vallée, au motif qu’ils étaient
« ciblés par la guérilla ». Et on comprend dès lors pourquoi l’administration et l’armée se livraient au même moment à des fouilles systématiques d’autres villages le long du fleuve au motif qu’ils servaient de caches d’armes pour les Sénégalais (entendez Mauritaniens déportés).

La vérité est que l’armée et la garde nationales avaient plié un moment sous les coups de la résistance armée qui n’a bénéficié d’aucun soutien. En effet, si l’on subodorait le rôle et la responsabilité de l’Etat dans l’armement de certains de nos compatriotes,
Ould Vaïda vient de lever le voile sur ce fait.

L’armée, et plus généralement, nos gouvernants doivent comprendre et accepter une bonne fois pour toute, qu’elle a, en lieu et place de sa mission de défense du pays et des populations, commis des actes dignes des génocides les plus sombres. Elle doit donc en toute lucidité accepter d’ouvrir ce débat qui lui permettra de faire amende honorable, et partant la grandira.


Boubacar Diagana et Ciré Ba Paris, le 1er septembre 2017

Flam.

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